01/08/2001 - Nicolas Payart
Entre dans la folie - Chapitre IV - L'attentat
NICO s'était levé tôt ce matin-là. Il était tracassé. La visite des policiers, la veille, l'avait quelque peu mis mal à l'aise. Ce sont eux qui lui avaient appris la disparition de Charles. Mais il leur avait répondu qu'il n'avait pas vu Charles depuis au moins deux mois. Et c'était vrai. Ils avaient l'air de le soupçonner de quelque chose. Mais ça n'avait pas d'importance, car il savait qu'il n'avait rien à se reprocher. Il avait tout de même repensé à ce rêve qu'il avait fait... lorsqu'il découpait Charles à la tronçonneuse. NICO ne se sentait pas bien en ce moment. Il ne faisait rien de ses journées, et pourtant, il n'avait pas l'impression de s'ennuyer. Il faisait beaucoup de cauchemars, aussi. Depuis quelques mois, il allait régulièrement voir un psychiatre à ce sujet. Il était midi quand les cloches se mirent à sonner. NICO se rendit à l'atelier. Ce soir, c'était le grand jour... Il allait les faire sauter ces putains de cloches. Mais il attendrait la nuit, comme d'habitude. Il savait que ce soir ce serait la pleine lune. Il était content. Il espérait rencontrer un loup-garou ; Il n'en avait encore jamais vu... Il regardait son engin, il le trouvait terriblement beau. "Dommage qu'il faille s'en servir", gémit-il avec ironie. Il avait trouvé un moyen pour transporter la bombe jusqu'en haut de la cathédrale. La cathédrale était en rénovation à ce moment là, et on avait installé un échafaudage sur toute la partie droite du monument. NICO comptait accrocher son dispositif à une de ces cordes qui, reliées à des poulies servent à monter rapidement toutes sortes de choses pendant les travaux. Une fois arrivé en haut, il pourrait facilement remonter sa bombe grâce à ça. Un seul problème se posait : L'échafaudage n'arrivait pas tout en haut de l'édifice, et il devrait escalader environ une dizaine de mètres avec sa bombe sous le bras pour atteindre le clocher. L'engin devait tout de même peser dans les 30 kilos, mais NICO était un gars costaud et cela ne lui faisait pas peur. 16h45. NICO plaça précautionneusement la bombe dans un grand sac en toile "La poste" qui traînait depuis des années dans l'atelier. Ces sacs en toile étaient solides et il pensait que celui là tiendrait le coup. Il ramena le sac jusque chez lui et le posa sur son lit. Il fallait tout de même faire attention, car la nitroglycérine pouvait à tout moment faire sauter tout l'immeuble. Ca n'était bien sûr pas pour l'immeuble qu'il s'inquiétait, ni pour ses occupants, mais il voulait absolument faire sauter la cloche des moines avant de crever. Car il savait qu'un jour ou l'autre il allait y passer, qu'ils finiraient bien par découvrir que NICO était la principale cause de toutes ces disparitions autour de lui. Surtout que lorsqu'il faisait très sec, l'été, on pouvait voir dépasser quelques bouts de chair dans le canal. Mais jusqu'ici, personne n'avait rien remarqué. Oui, pour sûr, avec le coup qu'il allait faire ce soir, il se ferait rapidement coffrer. Mais NICO ne se laissera jamais attraper. Ah, ça non!! Plutôt mourir... NICO avait passé le reste de la journée à regarder des conneries à la télé. Il ne regardait que très rarement la télé. Il trouvait que c'était le meilleur moyen de manipulation qu'il existait, et il ne se soumettrait sûrement pas à leurs volontés. Il regardait de temps en temps, pour voir si on parlait de ses meurtres au journal télévisé, mais à part ça... Et aujourd'hui, il voulait glandouiller jusqu'au soir, jusqu'à l'heure fatidique. Il comptait tout faire sauter à 2h30 du matin. pourquoi 2h30 précises? parce que, sans doute. Il comptait la déposer à 2h00 environ sur la cloche. Il aurait alors largement le temps de s'éloigner. En fait, il comptait partir loin juste après l'explosion. Il avait tout préparé dans sa voiture. Il ne savait pas où il irait, mais il comptait aller loin... très loin. La police serait sans doute rapidement sur les lieux, et vu qu'ils lui avaient déjà rendu une petite visite la veille, ils penseraient peut-être rapidement à lui. Et de toute façon, il en avait marre de rester ici. Presque tous ses copains étaient morts, et les quelques uns qui étaient encore en vie, il les découperait s'il les voyait. Il était 1h47 au magnétoscope quand il se réveilla. Il s'était endormi devant la télé. Il n'avait pas prévu ce retard, et il s'activa. Il enfila sa combinaison, mais dans son empressement, il passa le pied au travers du genou. Mais il n'avait pas le temps de se préoccuper de ça, il avait du travail. Il voulut sortir par la fenêtre avec son paquet de 30 kg, mais il ne pouvait pas sauter d'aussi haut avec sa bonbonne de nitro. Il décida donc de sortir par la porte. Cela ne l'enchantait guère, mais il n'avait pas d'autre choix. Il n'y avait pas grand monde dans les rues, à cette heure-ci. Tout au plus quelques jeunes qui venaient de se murger la gueule dans le petit parc d'à côté à coup de bouteilles de vin blanc... mais personne qui n'eut pu se mettre en travers de sa route. Il arriva au pied de l'église. Vue de près, c'était assez impressionnant. NICO en avait presque le vertige. Il accrocha son sac en toile à l'un des crochets qui pendaient dans le vide. Ca lui rappela la fois où il avait pendu son facteur, dans sa cave, parce qu'il l'avait réveillé avant midi. Il était gentil, pourtant, ce facteur. Qu'est-ce qu'il lui avait prit de réveiller NICO avant midi ! Il grimpa à l'échelle qui menait au premier étage de l'échafaudage. Il regarda sa montre. 2h01!! Zut, il était plus qu'en retard. Il lui faudrait au moins 15 minutes pour arriver tout en haut... et une fois là-bas, il fallait installer tout le dispositif. Bien sûr, il aurait pu retarder le déclenchement de la minuterie en conséquence, mais il voulait s'en tenir à son plan de départ. Et puis, tant pis s'il ne s'en sortait pas... Il arrivait en haut de l'échafaud. Il prit la corde et commença à monter le paquet. Il aurait bien voulu aller un peu plus vite, mais il ne fallait brusquer le mélange. Il attrapa le sac et regarda une nouvelle fois sa montre. 2 h14. "Pas mal", se dit-il. Il accrocha le sac sur son dos grâce aux lanières qu'il avait placé dessus, et commença à escalader le reste de la cathédrale. Il n'avait pas pensé que ce serait aussi difficile avec 30 Kg accrochés dans le dos. Il n'osait pas regarder en bas, de peur de tout lâcher. Il voulait regarder quelle heure il était, mais il était dans une position assez peu propice à ce genre d'action, et il continua son ascension sans savoir l'heure. Il craignait de dépasser l'heure de l'explosion avant d'être arrivé en haut. Il pensa qu'il ne voulait pas se faire réveiller par les cloches une nouvelle fois le lendemain matin. Tout d'un coup, il s'arrêta, perplexe. "Mais suis-je bête", dit-il à haute voix, "Si je m'en vais ce soir, de toutes façons, je n'entendrai pas les cloches sonner demain matin...". Il était soucieux. Il était là, accroché à 50 mètres du sol à un cathédrale, avec une bombe à nitro dans le dos, et tout ça pour quoi...? Pour se barrer juste après et ne pas profiter du silence tant attendu !... Mais il se dit que s'il faisait machine arrière, il ne partirait pas ce soir, et donc les cloches le réveilleraient demain matin. Il finit donc son escalade, plus serein. Arrivé en haut, il prit quelques secondes pour contempler la vue. Il pouvait voir toute la ville d'ici. C'était magnifique, surtout de nuit. Mais il reprit vite conscience de la bombe qu'il avait sur le dos et regarda sa montre. Elle indiquait 2h16. Bizarre, il n'avait quand même pas mit moins de 2 minutes pour escalader la dernière partie de l'édifice... Il regarda plus attentivement. La montre était arrêtée. Il avait du la cogner pendant qu'il grimpait les 10 derniers mètres... Il couru vers le sommet de la cathédrale, là où était accrochée l'énorme cloche. Il était incapable de savoir dans combien de temps la bombe allait sauter. Il déballa rapidement le paquet et posa le dispositif à 1,50 mètres à peu près de la cloche principale. Il aurait pu savoir combien de temps il lui restait avant que ça saute, mais le compteur de l'explosif était masqué par un cache, et cela lui aurait prit trop de temps pour l'enlever. Il se releva, et couru vers les échafaudages. Il ne devait lui rester qu'une ou deux minutes, tout au plus. Il entendit des sirènes, au loin. "Non, pas déjà !...", cria-t-il. Il était à peu près au milieu de l'échafaudage lorsqu'une dizaine de voiture de police passèrent devant l'église, en direction de sa rue. Peut-être allaient-ils le cueillir chez lui. Ils avaient peut-être découvert le charnier dans le canal, ou bien avaient-ils retrouvé le corps du gros bonhomme, dans la cuisine de Charles. Il se pressa un peu plus. Mais il n'eut pas le temps d'arriver jusqu'en bas. Une formidable explosion fit éclater le clocher de la cathédrale. NICO eut juste le temps d'entendre les vitres des immeubles alentours qui se brisaient, et les morceaux de granits qui pleuvaient un peu partout, avant que l'échafaudage ne s'écroule sur lui et ne devienne un amas de féraille et granite. 
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