01/08/2001 - Nicolas Payart
Entre dans la folie - Chapitre III - Roger

Roger repensait à toutes ces années passées avec Charles. Comme il l'avait aimé durant tout ce temps!!! Il se rappelait la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. Roger l'avait aperçu à la braderie, et il était tout de suite tombé amoureux de ce grand gaillard. Il lui avait laissé son numéro de téléphone, prétextant qu'il voulait lui acheter sa guitare. Il ne savait même pas jouer. Remarque, Charles non plus ne savait pas jouer. C'est peut-être bien pour ça qu'il avait voulu vendre sa guitare, remarqua-t-il. Mais maintenant Charles était parti. Il était mort sans doutes, à l'heure qu'il est. En tout cas, il en était intimement convaincu, même si la police croyait toujours à la thèse de l'enlèvement. 22h30. Roger était assis au bar depuis plus de 5 heures. Il avait bu au moins 20 bières et commençait à avoir la tête qui tourne. D'habitude, il tenait mieux que ça, mais là, il était toujours sous le choc de la disparition de son ami. Jamais il ne pardonnerai à ceux qui ont fait ça. Il était sous l'emprise de l'alcool et commença à élever la voix. Il aurait voulu crier. Mais Roger avait une toute petite voix, et il se serait senti ridicule. Il renversa son vingt-et-unième verre de bière sans l'avoir terminé. Il se leva pour demander une éponge, mais s'écroula par terre sans pouvoir se rattraper à la barre du zinc. Il faut dire que Roger pesait dans les 110 Kg, et qu'il n'y avait pas que du muscle. Deux hommes l'aidèrent à sortir. Il voulu les remercier mais ils le jetèrent sur le trottoir comme un vieux chiffon souillé et lui dirent de ne plus remettre les pieds ici. Roger n'avait même plus la force de réagir. Il rentra chez lui en titubant, s'arrêtant de temps à autres pour vomir son alcool et sa haine. Il mit 10 minutes à monter les marches de sa cage d'escalier. Il habitait au second étage. Il arriva devant sa porte. Il sortit l'unique clef qu'il avait sur lui et l'approcha du trou de la serrure. Mais il se rendit bien vite compte qu'il ne pourrait pas ouvrir la porte : Il était en train d'essayer d'ouvrir la porte du voisin. "y... hic.. y vas pas trop bien... le Roger..." s'exclama-t-il en s'éloignant de la mauvaise porte. Il ne voyait rien autour de lui. Tout était flou, comme s'il y avait du brouillard dans sa cage d'escalier. C'est en jonglant avec sa clef qu'il la fit tomber par terre. La clef roula sur quelques centimètres avant de tomber dans une des nombreuses fissures du plancher. Il savait qu'il n'arriverait jamais à la récupérer ce soir, surtout pas dans son état. Mais il n'allait tout de même pas dormir sur le pas de sa porte. En fait cela ne l'aurait pas vraiment dérangé, mais cette mésaventure lui fournit un prétexte pour retourner chez Charles. Il avait prévu une clef de rechange de son appartement, qu'il conservait soigneusement dans l'encavage. La porte ne fermait plus depuis des années et il prit la clef de chez Charles qu'il n'avait jusque là utilisé que très rarement. Il ressortit de l'immeuble en jurant après le bon dieu de ne pas lui avoir donné une voix assez virile et prit la direction du centre ville. Il mit du temps pour aller jusque chez Charles, mais, d'un autre côté, la fraîcheur de la nuit le revigorat, et il se sentait mieux. Il arriva devant la porte du bas. Il n'eut pas trop de mal à trouver la bonne clef car il y voyait à peu près clair, maintenant. Il monta au second. En montant les marches, il se rappelait les dernières fois qu'il était ainsi allé voir Charles. Il l'avait alors trouvé fatigué, ou bien avait-il des vues sur un autre homme, ou même pire... sur un femme. Non, Roger ne pouvait se faire à l'idée que Charles ait pu le tromper avec un autre. En fait, il se cachait la vérité, car il se souvenait très bien de cet homme dont Charles parlait souvent, quand ils étaient ensemble. Comment s'appelait-il déjà? Ils voulaient monter un groupe ensemble. Mais son nom lui échappait... pourtant il l'avait su, il en était sûr. Mais pourquoi se torturait-il l'esprit avec ces idées absurdes...? Il était devant la porte de Charles. Il entra sans faire de bruit, comme lorsqu'il venait surprendre Charles, le soir, habillé en Drag queen. Charles adorait voir débarquer son ami Roger déguisé en Drag Queen lorsqu'il ne s'y attendait pas. En fait, Charles était un gros pervers. Mais peu de gens le savaient, en fait. Il ne se dévoilait pas souvent aux autres ; à part Roger, bien sûr. Il se dirigea vers la cuisine. Il pensait se faire une tisane au gingembre avant d'aller se coucher. Comme ça, peut-être ferait-il des rêves érotiques... Il trouva le frigo ouvert. Une canette de Pepsi éventrée était posée sur le buffet, aux côtés d'une canette d'Orangina. Bizarre, pensa-t-il... La dernière fois qu'il était venu, tout était en ordre. Et c'était après la disparition de Charles. Roger eu soudain un coup de frayeur. Quelqu'un s'était donc introduit dans l'appartement... et peut-être était-il encore là. Son coeur se mit à battre à cent à l'heure. Il sortit de la cuisine et observa tout autour de lui. Apparemment, personne ne pouvait se cacher dans cette pièce. Tout était à découvert. Il se dirigeait vers la chambre de Charles quand il aperçu une ombre sortir de la chambre. Il était tellement terrorisé qu'il poussa un petit cri avec une petite voix toute tremblotante. NICO ne s'attendait vraiment pas à trouver quelqu'un à cette heure-ci dans l'appartement de Charles. On pouvait lire un léger sourire sadique sur son visage lorsqu'il aperçu le gros bonhomme en face de lui. Il avait l'air complètement tétanisé par la peur et ça amusait NICO. En un éclair, il sortit deux de ses scalpels et s'approcha lentement de l'homme. Roger, qui avait déjà peur quand il regardait un film d'horreur, s'évanouit en voyant les lames des scalpels briller dans la nuit étoilée. NICO s'approcha du corps, étonné. Pourquoi n'avait-il pas tenté de s'enfuir? Il était déçu de ne pas avoir pu s'amuser avec le gros bonhomme. ll lui trancha tout de même la gorge. Roger eut un dernier soubresaut avant de rejoindre le territoire des ombres. NICO le tira machinalement jusqu'à la cuisine. Mais, en fait, il prit conscience qu'il n'était pas venu là pour s'amuser. Et puis de toutes façons, il n'avait pas sa tronçonneuse sur lui. Il laissa là le corps du gros bonhomme avant de repartir comme il était venu. Finalement, il n'était pas plus avancé... il n'avait pas de sac à dos. Tant pis, il décida qu'il ferait ce qu'il avait prévu, sans sac. Mais il se dit qu'il n'avait pas perdu sa journée pour autant. En rentrant, il pourrait inscrire un croix de plus sur son carnet de route...


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