12/04/2002 - Anne Vive
L’ordinateur… Ça m’fait plus peur !!!

Mon premier contact – uniquement visuel à l’époque – avec le monde des ordinateurs remonte à plus de 30 ans, lorsqu’un copain qui travaillait dans une société bruxelloise spécialisée dans la tenue de la comptabilité de firmes sur ordinateur, m’en parla un jour avec enthousiasme. Jean-Pierre, qui faisait souvent partie de l’équipe de nuit, m’invita à aller voir de plus près ces énormes machines enfermées dans des cocons climatisés (température et humidité de l’air devaient être d’une constance rigoureuse) où elles oeuvraient. Elles « turbinaient » 24h sur 24 car leur coût était si élevé que c’était la seule façon de les rentabiliser et ne pas devoir répercuter un prix exorbitant sur les clients qui avaient accepté le défi.
Une nuit donc, et dans le plus grand secret car seuls les initiés pouvaient pénétrer dans cette caverne des temps modernes, je suivis Jean-Pierre dans le « sanctuaire » et écarquillai les yeux d’étonnement devant ces armoires immenses où tournaient sans répit des « bobines » envers lesquelles les employés présents étaient aux petits soins, plus encore que s’il s’était agi des plus belles femmes du monde. Quel spectacle pour une béotienne telle que moi, et aujourd’hui encore je garde le souvenir d’une chose merveilleuse, mais, comme Charlot dans les Temps Modernes, je le subissais sans rien y comprendre ou à peine…

Cela faisait quelques années que j’étais entrée dans le circuit professionnel, du côté bureau, et j’évoluais étape par étape au gré des modernités que mes différents patrons voulaient bien apporter dans ce domaine. J’avais commencé très prosaïquement par une machine à écrire mécanique, tapant avec force sur les touches pour faire avancer la transcription des textes qui m’étaient confiés. Ce fut déjà une mini révolution lorsqu’on me confia une machine à écrire électrique, quel changement, quelle facilité, quelle souplesse (enfin c’est ce dont je me sou-viens), à un point tel que je devais apporter une attention plus accrue à ma frappe qui présen-tait plus d’erreurs qu’avec le matériel mécanique.
Le temps passait, la vie continuait à son rythme de plus en plus fou, un véritable tourbillon dans tous les domaines et le mien n’était pas plus épargné que les grandes usines. Je connus les balbutiements du télex dans les firmes privées, ceux des premiers photocopieurs (après l’apprentissage des photocopies traitées comme des photos, avec bains successifs… et séchage sur une corde, les documents y étant pendus par des pinces à linge !).

Mais comme tous ces changements dans mon monde professionnel arrivaient pas à pas, j’avais tout le temps de m’initier aux nouvelles méthodes et de les assimiler sans être trop bousculée.

Pourtant, un jour, tout bascula et ce fut comme un plongeon dans le modernisme qui me happa tout entière pour ne plus me lâcher.

J’avais dû changer d’emploi, la firme précédente ayant mis la clef sous la porte et j’atterris, avec armes et bagages, dans une multinationale ayant pignon sur rue et surtout des ramifications dans le monde entier.

Ce fut comme un lilliputien arrivant dans le monde des géants, et quels géants ! Pour une individualiste de mon acabit prônant l’amour de la liberté, je dus m’asseoir sur mes cloches et accepter les nouvelles règles, aïe !


Mais comme chaque expérience est à la fois positive et négative, je fis contre mauvaise fortune bon cœur et j’inspectai ce nouvel environnement avec suspicion d‘abord et curiosité ensuite pour aboutir, au fil des mois et années à un enthousiasme toujours plus grand face aux techniques nouvelles (auxquelles je ne comprenais toujours pas grand’chose) et que je m’efforçais tant bien que mal de plier à mon entendement.

Et c’est là, après de nombreuses années de stagnation dans ma mémoire, que l’ordinateur refit surface pour me narguer de face, de dos, de toutes les manières possibles. Cet intrus prit possession de ma vie pour ne plus la lâcher.

De la machine à écrire électrique je passai d’abord sur le traitement de texte IBM (pour ne pas le nommer) avec très grands floppy disks pour le stockage des informations. C’était déjà une formidable amélioration puisque je pouvais voir les textes que je tapais sur un écran et pouvais les corriger au gré des besoins sans plus avoir recours aux ciseaux et collages afin d’éviter d’avoir à tout recommencer une, deux ou même trois fois de suite au gré des diverses corrections apportées par le patron. Le tipp-ex s’était révélé utile mais ne constituait pas toujours la panacée. Il m’avait souvent aidée depuis cette première utilisation au moment de l’assassinat du président John Kennedy, mais il faut bien reconnaître que le traitement de texte sauvait la mise de façon magistrale (non, non il ne s’agit pas d’une ordonnance médicale, quoique…)

Un jour, grand branle-bas dans la firme dont j’étais un des rouages de secrétariat : le premier ordinateur avait fait son entrée à grands coups de fanfare quant aux heureuses bénéficiaires des deux « bébés » à intégrer. Ces jeunes filles avaient suivi des cours extérieurs de mise au courant afin d’utiliser et rentabiliser (la rentabilisation était le maître mot) au mieux ces ordinateurs. Elles et leur nouveau « joujou » attiraient tous les regards et le va et vient dans leurs bureaux respectifs leur donnaient une importance encore plus grande aux yeux de tous.

Le test s’avéra tellement positif pour la direction qu’il fut décidé d’outiller toutes les secrétaires et assistantes de direction d’un ordinateur. L’encombrement était beaucoup plus réduit que celui des traitements de textes auxquels nous étions habituées et rien que cela valait la peine. Enfin un peu plus de place sur les bureaux pour l’étalement des papiers et autres objets utiles ou non.

Et mon tour arriva. J’étais dans la dernière fournée car je travaillais au service juridique et n’avais pas beaucoup de temps à consacrer à un nouvel écolage, mais qu’importe, on installa l’engin et je fis sa connaissance… de visu, avant de l’explorer d’une façon plus intensive et intime.

Je ne dis pas que ce fut un coup de foudre, mais nous devions cohabiter, alors autant le faire « civilement ».

Cet intrus avait des caprices, à croire qu’il se prenait pour une poupée blonde aux pieds de qui tous les hommes se seraient prosternés. Mais je n’étais pas un minet et je n’avais pas de temps à perdre pour satisfaire des caprices incongrus.

La firme avait engagé une « spécialiste » des ordinateurs et nous devions très souvent faire appel à cette « initiée » de haut vol. Elle était tant sollicitée que nous devions en quelque sorte prendre rendez-vous et attendre en rongeant notre frein pour obtenir le dépannage.

Nous, les secrétaires, ne pestions pas trop face à ces contretemps, mais il n’en était pas de même pour les patrons qui trouvaient que leur travail, au lieu d’être fait plus rapidement – ainsi qu’on l’avait fait miroiter à leurs yeux – subissait moult retards avec répercussions en chaîne et heures supplémentaires à l’avenant. À part les heures de sommeil, je passais beaucoup plus de temps au bureau qu’à la maison et rentrais parfois à des heures si tardives que je croyais avoir changé de métier et être devenue une « péripatéticienne » de bureau !

Mais jour après jour et avec beaucoup de patience et de persévérance j’arrivai à apprivoiser ce nouveau compagnon de route. Lorsqu’il était de bonne humeur (et que je savais le manier tel que requis), il accomplissait des miracles (du moins à mes yeux). La technique pure ayant toujours été un domaine « obscur » pour ma compréhension j’en éprouvais encore plus d’admiration pour ce que j’arrivais à accomplir.

Aussi, lorsque le temps fut venu pour moi de dire adieu au travail régulier et régulé, je pris la décision qui allait peser dans mon existence future. Je décidai de m’offrir un ordinateur « domestique » (il n’en a que le nom car il en fait toujours à sa tête). Au bureau, on avait mis à ma disposition un ordinateur simple, avec écran noir et blanc pour débuter et couleur vers la fin, mais j’avais appris l’existence des cd roms et je voulais m’équiper de cette nouvelle technique pour mon bonheur et mon instruction.
J’allai donc commander cette petite merveille et quand je demandai une démonstration plusieurs « techniciens » (mais je doute de leurs capacités avec le recul) vinrent me montrer (avec peine) les multiples fonctions de ce que je désirais acquérir. Heureusement que je suis « obstinée », car ce qu’on m’avait présenté était si nul que ce n’est qu’à force d’imagination et d’enthousiasme que je décidai de me lancer hardiment. Depuis, et il y plus de 7 ans de cela, je ne l’ai jamais regretté et pourtant…

La mémoire de mon premier ordinateur fut très vite saturée car j’étais « tombée en amour » avec les CD ROM et tout ce qu’ils pouvaient m’offrir dans les domaines culturels, voyages, exotisme, cinéma et autres et je ne m’en lassais pas (d’ailleurs, le virus est toujours dans mon système… et pas seulement informatique).

J’ai étrenné il y a peu mon 4ème ordinateur (plus puissant, avec lecteur de DVD et autres fonctions de pointe) ; je suis passée par différents systèmes « 95 », « 98 », etc., essayant chaque fois de rattraper le train toujours plus rapide et essoufflant emprunté par l’informatique.

La vie m’a apporté comme à tout un chacun nombre d’expériences gaies ou tristes, de problèmes grands et petits mais, dans le domaine professionnel c’est certainement l’ordinateur qui constitua la plus grande révolution et je ne suis pas prête d’en finir avec « Arthur » (nom que j’ai donné à mon pc, cela fait plus convivial).

Les enfants d’aujourd’hui sont nés avec l’ordinateur, ils le comprennent d’emblée tandis que j’ai dû m’adapter au jour le jour et je suis fière de dire que je crois m’en être bien tirée.

Et je ne vous ai rien dit d’Internet (le Web) où j’ai appris à surfer de près, de loin, cette immense porte ouverte sur le monde… mais cela c’est autre chose et, si vous le désirez, j’y reviendrai !

L’ordinateur… ça m’fait plus peur ! CQFD


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