19/07/2002 - Anne Vive
Quand lhalitose de Marianne sonne lhallali du toast présidentiel
Et pourtant elle avait fait tout son possible, pauvre Marianne
Mais comment combattre cette halitose qui provoquait la fuite de tous ceux qui lapprochaient de trop près. Cétait une jeune femme charmante, jolie, même son sourire était engageant, chaleureux
mais pourquoi cette odeur fétide ou carrément putride qui séchappait de sa bouche aux lèvres pulpeuses de la couleur dune fraise de Wépion mûre à point.
Elle avait toujours souffert (et le mot nest pas trop fort) de ce handicap. Déjà à lécole maternelle où ses petits camarades de jeux lappelaient « bêke » avant de senfuir plus loin, elle était une victime bien involontaire dune tare de la nature. En y réfléchissant mieux, on peut même dire que sa chère Maman avait été le premier « cobaye » des conséquences de ce problème. Quand elle donnait le sein à Marianne qui tétait goulûment, il lui arrivait de déposer un petit baiser furtif sur le crâne de son bébé, avant de sassoupir, la petite fille blottie contre elle. Cette jeune maman mettait cette somnolence sur le compte de sa nouvelle fonction de mère allaitante et sur les suites de son accouchement, mais
il sagissait certainement de désagréments liés à lhaleine de sa fille.
A six ans, Marianne était jolie comme un cur, ses boucles brunes sanimaient autour de son visage, cest lépoque où Claude François chantait « pauvre petite fille triste » et cela sappliquait si bien au cas de notre héroïne. Elle était dautant plus triste quelle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ses parents, très gentils et qui lui donnaient tout lamour et toute la tendresse auxquels elle avait droit, navaient pas du tout cette caractéristique, ni aucun autre membre de la famille, pour autant quils sachent.
Très tôt, dès que le problème fut décelé par la faculté, ils trimbalèrent Marianne pas toujours enthousiaste - dun spécialiste à lautre, de lORL au stomatologue sans oublier les différents dentistes ou autres praticiens des voies respiratoires, digestives, etc. mais on ne trouva absolument rien et le mal empirait avec lâge. Elle obéit scrupuleusement à TOUT ce quon lui demandait de faire, notamment se brosser les dents, sans oublier la langue et le palais pour éliminer les bactéries nocives.
Après avoir vu le film, ses parents avaient même consulté Peter et son dragon Elliott, mais Peter leur répondit :
- « Mon dragon, Elliott, cest vrai na pas une haleine de rose, mais cela nimportune personne car il est si grand (un peu comme de Gaulle qui dépassait tout le monde dune tête) que son souffle sexhale bien au-dessus du plus grand humain rencontré et lorsquil devient invisible il peut baisser la tête sans crainte de nuire à quiconque car à ce moment-là son souffle est inexistant et ne peut donc gêner. Voulez-vous que je demande aux studios Disney sil nexiste pas une recette pour rendre votre petite fille invisible chaque fois que la situation le demanderait ? »
Les parents de Marianne remercièrent chaleureusement Peter et son dragon mais ne poussèrent pas plus avant leurs investigations de ce côté, cétait inutile et impossible à réaliser.
Ils avaient également consulté toutes les branches annexes de la médecine, de lhoméopathie, à lacupuncture, en passant par la phytothérapeute, les mediums, et même les charlatans, mais rien ni personne ne donna la solution pour guérir Marianne de son handicap.
On se renseigna à létranger, toute lEurope de la médecine fut mise sur la brèche avec ce casse-tête que les plus grandes sommités auraient aimé pouvoir résoudre, ne fût-ce que pour leur gloire (eh oui, pour eux cest le premier aiguillon et non la compassion, nen demandons pas trop au genre humain). On fit des démarches outre-Atlantique en vue dobtenir de laide, mais en vain, personne, nulle part, ne trouva le remède « miracle » (car cen aurait vraiment été un et de dimension).
On ne peut compter les lettres que les parents de Marianne écrivirent et envoyèrent tous azimuts. La poste leur était très utile mais aucune réponse ne fut convaincante.
Ils se tournèrent ensuite vers la religion (il faudrait dire « les religions » ), se prosternèrent, prièrent, implorèrent de tous côtés mais en vain car rien ni personne ne leur apporta le secours tant espéré. Il fallut donc se résigner ou plutôt se rendre à lévidence, Marianne devrait vivre avec cette tare et essayer de survivre quand même envers et contre tout. (et surtout pas contre touS)
A la puberté, Marianne fut très malheureuse car outre le fait quen classe (et ce depuis de nombreuses années) ses condisciples lui laissaient occuper seule un banc prévu pour deux, elle commença à sintéresser aux garçons de son âge et là ce fut la catastrophe car elle leur plaisait, elle le voyait dans leurs yeux (quand elle pouvait les approcher dassez près), mais jamais elle ne connut la volupté, lextase dun baser profond, celui avec la langue (comme disent si bien les enfants) car aucun garçon navait assez de courage ou dabsence dodorat pour tenter lexpérience. Marianne devint donc polarde à part entière, plus par obligation que par goût immodéré pour les études. Lorsque les pulsions sexuelles provoquèrent en elle de nouvelles sensations, elle ne parvint pas à les assouvir car aucun jeune homme ne la prit dans ses bras pour lui faire connaître les plaisirs de lamour partagé.
A lUniversité où elle excellait dans les branches choisies, les langues et les relations publiques, elle pouvait parler car les cours se donnaient dans dimmenses amphithéâtres où le mélange des odeurs corporelles et autres était tel que celle, si forte, de Marianne ne pouvait troubler latmosphère. Cela permit à la jeune fille découter avec la plus grande attention les professeurs qui étaient à mille lieues de supposer que leur classe comptait une étudiante brillante mais complexée par une tare indélébile.
Plus tard, quand elle réalisa ce que serait sa vie sentimentale, semblable au désert de Gobi, aride, sèche, horrible, elle plongea tout entière dans le travail. Marianne avait toujours été une élève studieuse, acharnée et elle avait réussi ses études avec brio, voulant trouver un palliatif à ses déboires physiques et, par corollaire, sentimentaux.
Ce dernier domaine, quelle ne pouvait explorer à son gré et qui lui donnait tant de soucis, lui fut dévoilé un soir où elle arpentait, pensive, les trottoirs de Bangkok. Ne disait-on pas que la capitale de lancien Siam était aussi celle de tous les plaisirs sexuels et quon pouvait y venir avec ses demandes « spéciales »
et Marianne navait quun seul désir (tant cérébral que sexuel) et elle espérait lassouvir ici. Enfin, après quelques tractations et la perspective dune liasse de dollars (le seul de connivence avec ce marché humain) un jeune homme accepta de faire passer Marianne de létat de jeune fille à celui de jeune femme.
Afin de lui rendre la tâche moins pénible, Marianne mit une sorte de bâillon sur sa bouche et, si elle ne reçut aucun baiser profond, (il ne fallait pas en demander trop, même contre des dollars) elle eut cependant la révélation de lamour physique. Quelle illumination, ENFIN séclater comme toutes les jeunes femmes de sa génération. Ce fut comme un éclair dans sa tête, dans sa vie et sa jouissance était dautant plus explosive quelle avait dû attendre de nombreuses années pour enfin sy vautrer.
Et permettez-moi de mentionner ici les aléas rencontrés par Marianne pour se rendre à Bangkok et voyager en avion comme tout un chacun. Elle avait réservé sa place auprès de la compagnie thaïlandaise, voulant dès le départ se mettre dans lambiance asiatique, mais elle navait pas mentionné son signe distinctif ou plutôt olfactif. Elle ne croyait pas que cela avait de limportance. Mal lui en prit. Dans lavion, un Boeing 707, elle occupait le siège près du hublot et passait son temps à regarder les paysages, le ciel, les dessins toujours changeants des nuages, enfin tout ce qui est intéressant lors dun premier déplacement en avion ; Elle était aux anges (très près). Tout se déroulait sans anicroches jusquà ce que lhôtesse de lair, revêtue de la robe en soie thaï de couleur champagne, circula le long du couloir central, parmi les passagers, pour distribuer les plateaux de repas. Lorsquelle arriva à sa hauteur, la jeune femme mince et souple comme une liane sadressa à Marianne avec son plus charmant sourire : « Heres your dinner Miss ».
Marianne, un sourire chaleureux aux lèvres, lui dit simplement « thank you » , mais elle le fit avec tout son cur heureux de linstant présent, et comme elle sétait tournée vers lhôtesse, cette rotation de la tête suffit à envoyer son souffle destructeur au visage de son interlocutrice à moitié penchée sur elle. Catastrophe sous leffet pernicieux de ce soupir de bien-être, lhôtesse vacilla sur ses jambes quelle avait fines et bien faites. Son bras droit qui tenait le plateau annoncé se retourna vers larrière, envoyant le repas sur lépaule du steward qui était derrière elle, tandis que son bras gauche sélevait dans lair, cherchant à quoi se rattraper.
Hélas, tout se passa en un éclair et sans crier gare, lhôtesse se retrouva dans les bras du steward qui sétait avancé bien à propos dun pas pour accueillir sa collègue et lui porter secours dans une situation aussi extravagante avec relents cauchemardesques. Ne voyant plus bouger Liu, mais lentendant respirer profondément, il lemporta au fond de la cabine et la déposa délicatement sur une banquette prévue pour les passagers qui auraient un malaise. Il laissa le chariot aux couleurs daluminium au milieu du couloir et alla prévenir le commandant de bord de lincident très spécial qui venait de se passer et dont avait été victime la jolie Liu.
Marianne, se rendant compte de ce quelle avait, à son corps défendant, déclenché à linstant, nosait plus desserrer les lèvres, ne voulant pas ouvrir la brèche pour un cataclysme encore plus grand. Le commandant passa la main à son second et se mit en contact avec la tour de contrôle de Bangkok pour prévenir les autorités locales de ce qui venait darriver tout en ne pouvant absolument pas dire le pourquoi ni le comment, se contentant de narrer les dégâts et demanda que la fautive soit attendue à sa descente davion par la police afin de procéder à une enquête approfondie, chose impossible dans lavion, faute de personnel adéquat.
Et cest ainsi que lors de latterrissage à Bangkok, Marianne fut entourée (assez cavalièrement) de policiers thaïlandais qui sapostrophaient avec nervosité, croyant avoir à faire à une espionne dun nouveau genre. Ah Marianne, quallais-tu avoir à affronter dans ce pays inconnu, loin de ta famille. On lemmena dans un local de laéroport où elle fit lobjet dun interrogatoire très serré quant à ses origines, ses intentions et autres babioles dont la police a le secret partout dans le monde.
Marianne avait de lhorreur et de la peur dans les yeux et sexprimait les dents serrées afin déviter denvoyer ces policiers dans les bras de Morphée et encourir plus encore les foudres de ces hommes et femmes inconnus remontés contre elle car face à une énigme dont ils étaient loin de détenir la clef. Son passeport fut épluché à lenvers et à lendroit et elle-même subit une fouille corporelle afin de sassurer quelle ne transportait pas une mini bombe qui aurait expliqué tout ce déballage. Mais rien, on ne trouva rien et les forces de lordre en furent dépitées et blessées dans leur orgueil de mâles, de jaunes et de policiers !
On contacta lAmbassadeur de Belgique à Bangkok et il vint le plus rapidement possible pour délivrer cette compatriote très spéciale. En attendant son arrivée, Marianne avait demandé de quoi écrire et, en anglais, elle avait essayé dexpliquer toute lhistoire, tant pour la police que pour lAmbassadeur. On alla même jusquà contacter Interpol afin dinvestiguer en Belgique et sassurer quil ne sagissait pas dune terroriste denvergure puisque son souffle seul pouvait faire tant de ravages. Mais la réponse de Bruxelles, après avoir contacté la famille de Marianne, fut apaisante et explicative.
Marianne se voyait déjà traduite devant un tribunal et se demandait comment se sortir de ce mauvais pas, car elle savait bien que personne, pas même le cabinet spécialisé dans les causes désespérées et spéciales, tel que celui de Richard Fish et John Cage dont Ally MacBeal était le fleuron ne pourrait la sortir de cet imbroglio. Oui, même Ally avec ses jupes trop courtes, son charme de petite fille et son sourire craquant, ne pourrait laider. Quel dommage !
Enfin larrivée de lAmbassadeur calma les esprits, Liu avait récupéré de son sommeil profond et tout rentra dans lordre. Marianne fut conduite en taxi , avec toit ouvrant (très important dans ces circonstances) à son hôtel en ville, mais le directeur local de la compagnie daviation thaïlandaise qui avait été contacté, avait pris une décision irréductible à laquelle Marianne devait se conformer. Pour son voyage de retour car il fallait bien quelle rentre en Belgique et comment laurait-elle pu si ce nest par la voie des airs elle serait placée seule (sans voisin immédiat doù coût dune place supplémentaire, mais elle devait rentrer à Bruxelles) à lavant de lavion, là où personne ne serait devant elle et des instructions très précises seraient données au personnel de bord afin déviter tout incident. Marianne accepta et cest ainsi que son premier vol en avion de ligne se termina. Elle en garde un souvenir impérissable, bien sûr
A son retour dans la capitale belge, elle neut de cesse, dans sa vie privée, de trouver un « péripatéticien » qui accepterait de la combler contre argent comptant car aucune autre idée navait germé dans son esprit pour assouvir sa soif de tendresse - frelatée car payée - devenue quasi inextinguible suite aux frustrations dont elle avait si longtemps été lobjet. Elle se débaucha auprès de plusieurs partenaires et combla un peu son appétit qui était autant sentimental que physique.
Elle avait contacté plusieurs agences matrimoniales ou de rencontres mais partout elle avait essuyé un refus non négociable car aucune liste de prétendants possibles ne mentionnait que le « futur » partenaire pourrait soutenir un tel siège olfactif. On dit à notre héroïne très dépitée quil faudrait quelle fasse la connaissance dun candidat souffrant danosmie et qui ne serait donc pas du tout incommodé par cette pestilence buccale de sa partenaire. Mais cette caractéristique dun mâle potentiel ne figurait nulle part (quel homme se vanterait de ne pas avoir dodorat ?) et Marianne dut faire son deuil de ce genre de démarche.
Et pourtant, envers et contre tout, une bonne fée veillait. Marianne était si jolie, si intelligente et agréable à fréquenter (en dehors de son souffle) quun jour un jeune homme tomba vraiment amoureux delle au point de tenter sa chance pour autant quelle portât le masque blanc évoqué plus haut. Marianne succomba au charme, à la persuasion et aux ardeurs de ce compagnon inespéré et tomba amoureuse à son tour. Elle se lança dans cette aventure de la vie avec la même volonté de réussite et le même appétit qui la caractérisaient dans sa profession.
Il fallait quelle masque sa bouche pour ne pas importuner son partenaire et il devait se protéger de son côté afin de ne pas tenter le sida ! LAmour dans ces conditions nest pas facile à pratiquer, mais il faut parfois se plier aux contingences extérieures dont Marianne nétait nullement coupable.
Un soir cependant il se passa un événement si extraordinaire (à tous points de vue car nullement prémédité et tellement bouleversant et merveilleux) quà sa seule évocation Marianne a les yeux qui brillent et le cur qui bat la chamade. Quelle aventure ! Après sêtre fréquentés et être sortis ensemble pendant quelque temps, Gérard et Marianne avaient décidé de vivre en couple et ce soir-là Gérard rentra au bercail les yeux larmoyants, reniflant et toussant à qui mieux mieux, ayant « chopé » un rhume et parlant du nez (pire quun Texan en mal de conquête). Il déclara à sa dulcinée quil était fatigué et que son nez lui refusait tout service
Marianne vint près de lui, sans le masque de rigueur pour les étreintes rapprochées, et là, ô miracle, Gérard nayant plus dodorat enlaça sa belle et lembrassa à bouche que veux-tu.
LE premier baiser fut assez court car « Monsieur » ne pouvait respirer librement, mais le deuxième et les baisers suivants furent plus longs, plus voluptueux et Marianne eut enfin la révélation de ce que cela signifiait. Ah quel bonheur que ce rhume venu du ciel (avec la pluie belge, sans doute). Ce fut la seule fois où les masques tombèrent car un rhume nest jamais une catastrophe (loin de là en loccurrence). Souvenir, souvenir, tu mémoustilles, à quand la prochaine rhinite, mais ce nest pas une solution de devoir tabler sur les intempéries et leur cortège de refroidissements pour goûter à un baiser !
Dans sa profession, directrice des festivités et autres événements importants de lhôtel le plus luxueux de la capitale de lEurope, elle était la meilleure et sa notoriété avait franchi depuis longtemps les frontières de notre pays, petit par la taille, mais parfois si grand par les citoyens qui le peuplent. Malgré son handicap physique on la demandait de toutes parts et elle pouvait se plonger dans le travail pour mieux exorciser ses craintes de lavenir qui ne lui apparaissait pas très rose malgré lentrée amoureuse de Gérard dans sa vie.
Elle avait vécu quelques événements « cocasses » dont elle seule serait jusquà plus ample informé, la protagoniste, car, à ce jour, on navait encore jamais mentionné un autre cas semblable au sien, où que ce soit dans le monde. Les demandes dinformations en vue de la guérir ou daméliorer son état, en parallèle avec les techniques de pointe, se faisaient maintenant sur Internet toujours sous le sceau de la confidentialité car il ne fallait pas nuire à Marianne et les puissants moteurs de recherche européens ou américains tels que Google, Wanadoo et autres, étaient littéralement pillés dans lespoir dune lumière au bout de ce tunnel malodorant, mais rien ny fit. Aucune rose nembaumait assez pour masquer cette odeur, alors quel jardin pourrait laccueillir un jour!
Marianne avait tant sucé de pastilles de menthe, croqué de grains de café ou mâchouillé de persil quelle pouvait ouvrir une épicerie spécialisée dans les éléments odoriférants. Basta, quon arrête donc le massacre, elle en avait assez.
Et tous ces dentifrices et autres eaux buccales quelle avait testés encore et encore au point que lorsquelle devait prendre un médicament ou autre dans larmoire à pharmacie de la salle de bain, elle faisait bouger la porte de la main droite tandis que de la gauche elle retenait léchafaudage de soins dentaires quelle avait accumulé au fil des mois et même des années. Chaque fois quelle entendait vanter à la TV les qualités de tel ou tel produit, elle se précipitait soit dans la pharmacie ou la parfumerie de son quartier et les commerçants, qui connaissaient ses déboires de ce côté-là, étaient les premiers à garder pour elle toute nouveauté qui pourrait laider. Il était normal que lon soit serviable avec elle car sa gentillesse navait dégale que son charme. Mère nature est parfois cruelle ou aveugle ou encore sans odorat.
A lhôtel, où son professionnalisme lui valait tous les succès, on connaissait sa « caractéristique physique » (qui ne laurait pas décelée ?) et lorsquelle devait donner des instructions aux membres du personnel, elle le faisait dans le grand hall dentrée afin que les « effluves » qui séchappaient de sa bouche lorsquelle parlait puissent senvoler haut vers le plafond et ne pas incommoder ceux à qui elle sadressait.
En cuisine, où elle devait venir régulièrement pour les derniers détails des repas de réception et autres cocktails, tout le personnel avait pris lhabitude, quand elle sannonçait par walkie talkie, de placer sur la bouche un masque blanc tel quutilisé par les Japonais (où, soit dit en passant, plus de 23% de la population souffre de mauvaise haleine !). Cest le seul moyen que les citoyens du pays du Fuji-Yama avaient trouvé efficace pour ne pas inhaler la pollution qui sévit dans les grandes villes modernes (hum !).
Ce matin-là, un nouveau marmiton avait rejoint la brigade de cuisine. Il était frais émoulu de lécole hôtelière et considérait la vie avec optimisme du haut de ses 16 ans. Marianne sannonça et tous, à lexception du nouveau quon navait pas encore mis au courant, attachèrent le masque salvateur sur leur visage. Marianne entra dans la cuisine et, à son habitude, donna ses instructions pour le déjeuner daffaires que de grands industriels avaient choisi dorganiser dans cet établissement réputé de la capitale.
Marianne se trouvait assez près dEtienne, le nouvel apprenti cuisinier, et il reçut en plein visage ce souffle impossible à décrire. Il tomba à la renverse, frappé dun sommeil subit et profond. Tout le monde se précipita au secours dEtienne, Marianne la première, mais elle sabstint ne fût-ce que dentrouvrir les lèvres afin de ne pas ajouter au problème de la nouvelle recrue. Jamais dans son travail, jusquà ce jour, elle navait pu vérifier de visu les ravages quelle pouvait provoquer car personne encore navait été à ce point intrépide et proche assez longtemps (à peine une minute) pour braver le danger dasphyxie et tomber ainsi aux pieds de la belle. On appela le Samu et le médecin diagnostiqua une narcolepsie. Heureusement ce nétait pas grave, seulement invalidant et impromptu, mais Etienne allait sen tirer avec une belle frousse doublée de curiosité au sujet de Marianne quil trouvait par ailleurs si belle. Ah pourquoi un tel désastre chez une si jolie femme ?
Quand, à lhôpital, le médecin renchérit avec son diagnostic de narcolepsie et quil senquit du pourquoi chez un jeune homme de 16 ans, apparemment en bonne santé, on lui expliqua que la cause sappelait « Marianne ». Il la convoqua tout en évitant autant que possible de faire face à son souffle « ravageur ». Comme ses nombreux confrères de par la monde il ne pouvait apporter de solution à cet état de fait mais son instinct de chercheur sétait réveillé et il se demandait si ce « souffle » ne pourrait être utilisé en pharmacie comme « narcotique » biologique en lieu et place de tous les dérivés prônés en salle dopération.
Il préleva un spécimen de lhaleine incriminée, prenant toutes les précautions requises, afin déviter dêtre lui-même frappé de narcolepsie et pouvoir échapper à lodeur envahissante dont il ne voulait pas être la victime suivante. Il fit immédiatement porter le précieux échantillon en laboratoire pour analyse approfondie avec lespoir que quelque chose de positif sortirait enfin de la souffrance de Marianne. Si elle ne pouvait être comme tout le monde, au moins quelle puisse, par son souffle, apporter une aide aux autres quand ils étaient confrontés à une intervention chirurgicale toujours traumatisante. Et puis, elle aussi avait entendu parler des « accidents » danesthésie qui dégénéraient parfois en décès du patient. Comme elle serait heureuse si son haleine servait à faire le bien et non à être le drapeau « sauve qui peut » que tout le monde craignait.
Il ne restait plus quà attendre les résultats des tests prélevés.
Mais revenons à nos moutons et à ce toast présidentiel qui avait réuni le gratin du corps politique de la capitale belge ainsi quune meute de journalistes de tous horizons. Ce nest pas tous les jours quun Président des Etats-Unis, pour ne pas le nommer, descend dans un grand hôtel de chez nous, y donne une conférence de presse et se plie à la tradition très américaine dun toast porté à qui ou à quoi, les raisons ou les excuses ne manquant pas pour trinquer et sourire afin de faire remonter la cote de popularité récemment égratignée.
Marianne avait personnellement veillé à tous les préparatifs, depuis les petites serviettes en papier distribuées aux participants pour sessuyer les doigts, après avoir tâté des cacahuètes et autres amuse-gueule, jusquaux fleurs de la décoration, somptueuse à tous égards, sans oublier les zakouskis faits maison et dont le personnel de cuisine dont Etienne avait raison dêtre fier.
Tout était donc orchestré comme une grande symphonie, les couleurs se répondaient harmonieusement, les sons dambiance chatouillaient agréablement louie de lassemblée, les mines étaient amicales, voire souriantes. On nattendait plus que lentrée du Président. Enfin le voici, lair toujours aussi ébahi que lors de ses apparitions au journal télévisé, mais assez sympathique malgré tout. Son arrivée suscite un brouhaha de vivats; il savance de son pas vif et nonchalant à la fois (très Texan à force de fréquenter les chevaux) et il sapprête à prendre la parole.
Il sest arrêté devant le micro placé à bonne hauteur afin que rien de ce quil dira néchappe aux personnes présentes. Il ouvre la bouche, il va parler. Marianne lui fait face mais elle est loin dans la foule qui assiste à la cérémonie quand, juste derrière le Président, elle voit une ombre suspecte et, nécoutant que son professionnalisme et son patriotisme, elle crie dune voix vibrante « Mr. President, Watch Out ».
Elle ne peut en dire plus, le président a reçu le message en plein visage et il seffondre foudroyé sous le souffle puissant. Les hommes du FBI et de la CIA sont agglutinés autour du Président. Ils constatent immédiatement quil na rien perdu de son intégrité physique mais quil est dans un état second, celui dun sommeil profond, narcotique. Et cest bien le cas, pas vrai ? Le directeur de lhôtel est là lui aussi, il a assisté à lincident qui aurait pu être tragique à tous égards, y compris concernant la réputation de son établissement. Ses pensées et ses idées se bousculent dans la tête et il se remémore lincident avec Etienne, en cuisine, quelques semaines auparavant et, Euréka, il sait ce qui sest effectivement passé. Cest Marianne. Il en informe un gars du FBI qui passait en courant à ses côtés et quil a attrapé par le bras pour lui expliquer le pourquoi des choses.
LAméricain est interloqué, abasourdi, il ny croit pas, mais il doit bien se rendre à lévidence, le Président est indemne et cela cest bien grâce à Marianne car lombre suspecte aperçue derrière lamphitryon du jour et que lon a pu appréhender entretemps, est un terroriste qui voulait supprimer le chef de la plus grande puissance du monde afin de la faire encore plus vaciller sur ses bases si chancelantes depuis le 11 septembre dernier.
Le gars du FBI stoppe net son élan qui allait le conduire il ne sait où et il écoute plus attentivement la narration que lui fait le directeur de lhôtel de ce qui sest passé en cuisine quelque temps auparavant. Son entendement de la langue française est suffisant pour quil comprenne ce qui lui est détaillé sans rien omettre et puis le directeur, comme il se doit, est parfaitement bilingue quand il sagit dunir les idiomes de Molière et de Shakespeare. Le garde du corps présidentiel se dirige vers Marianne qui nose plus ouvrir la bouche, sachant que cest elle qui a provoqué cette pagaille.
La directrice des festivités nen mène pas large car tout défile dans sa tête et elle ne peut arrêter cette sarabande qui lentraîne en spirale descendante vers le gouffre du chômage, de lopprobre générale, du désastre. Mais lhomme du FBI linterpelle avec un fort accent du Texas, traînant et nasillard, le tout ponctué dun bon sourire franc, très près de léclat de rire. Il remercie chaleureusement Marianne pour avoir prévenu le Président et lui demande si elle accepterait quon lui pose quelques questions très pointues quant à ses « dons » extravagants.
Les journalistes les entourent, ne perdant pas une parole de cet entretien très particulier. Cen est fini de la volonté de Marianne de rester dans lombre, elle va faire la une des media et elle en a peur, plus encore que de perdre son emploi. Mais il faut bien quelle sincline et, après un dernier coup dil à lassemblée qui sest reformée en bon ordre après avoir été rassurée quant à létat physique du Président, elle suit son interlocuteur.
Toutefois, un espoir naît dans son esprit : On ne sait jamais si la propagation dans le monde entier de la nature de son handicap ne fera pas sortir un grand manitou de quelque coin reculé de notre terre qui lui apportera le secours de son art, médical ou divinatoire, son vu le plus cher. Son fiancé la demandée en mariage la veille et elle ne sait si elle va oser franchir le pas. Son amour est très grand et prêt à soulever des montagnes, mais lui, son Gérard, pourra-t-il supporter sa femme si spéciale en dépit de son charme, de sa beauté, de son intelligence, de sa force de caractère, tout au long des jours, des heures, des minutes qui forment la trame dune vie à deux. Qui vivra verra dit la sagesse populaire, patience, patience, patience.
Marianne a connu diverses situations dans sa jeune vie et rien que cela ferait lobjet dun livre si nécessaire, mais elle nest pas au bout de ses surprises comme elle va le remarquer quand elle pénètre dans le bureau qui a été mis à la disposition des hommes du FBI et de la CIA pour procéder à son interrogatoire. Il y a trois hommes dans la pièce, les autres sont restés près du Président que lon a transporté dans sa suite au 20ème étage où il est allongé sur le lit, dormant très profondément mais pouvant se réveiller dun instant à lautre, comme précisé par le médecin appelé durgence. Quand il sortira de cet état de narcolepsie, le Président, la gorge sèche, boira une gorgée deau à moins quil ne donne la préférence à sa boisson favorite, le Bourbon, le nectar des Texans.
Donc rien à craindre de ce côté-là et, si Morphée ne le garde pas trop longtemps dans ses bras protecteurs, Mr. President pourra même redescendre dans le salon de réception et enfin donner sa conférence de presse. Les journalistes sont toujours là, ils attendent, ils ont profité de ces longues minutes de répit pour se ruer vers les téléphones mis à leur disposition pour informer leur rédaction respective de ce qui vient darriver afin que lincident fasse la une des journaux tant écrits que parlés ou télévisuels. Quelle aubaine pour tous, ils nen espéraient pas tant et, à leur retour dans la salle de réception, ils sinterpellent, rient et se précipitent sur les boissons alcoolisées et autres amuse-bouche. Si vous ne le saviez pas encore, il faut que je vous dise que tous ces gens sont surtout des pique-assiettes, profitant de toutes les occasions qui leur sont offertes, présentant leur carte « privilégiée » à tout moment et surtout hors de propos. Il en faut bien pour vider les bouteilles et les assiettes. Cest vrai et tant pis pour les SDF des alentours, il ne restera rien pour eux.
Marianne se trouve donc dans ce bureau avec trois gardes du corps du Président et elle les écoute, écarquillant les yeux de surprise et ne sachant sils lui font une farce ou sont sérieux car leur proposition est si énorme quelle a du mal à les croire. Ils lui demandent, la prient, la supplient (ce doit être important car ils ne sont pas hommes à saplatir ainsi devant une femme et européenne de surcroît) de les accompagner au Moyen-Orient où la situation est toujours aussi grave parce quils pensent quelle pourrait donner une sainte frousse aux Ariel Sharon, Yasser Arafat et autres chefs belliqueux et récalcitrants du même acabit, sourds aux injonctions de loccident en vue de mettre fin à ce conflit toujours plus meurtrier pour toutes les parties en présence. Les trois hommes dans cette pièce dun grand hôtel bruxellois, croient avoir trouvé une solution « paisible » au problème qui les assaille encore après toutes ces années.
Ils pensent vraiment que le souffle de Marianne en faisant vaciller physiquement les chefs arabes et israéliens leur ferait peur au point de vouloir arrêter la guerre, car qui sait si les Etats-Unis, grâce à Marianne, nont pas découvert larme absolue et pourtant « indolore » qui, si elle était appliquée à leurs troupes respectives, mettrait une belle pagaille sur les divers fronts avant léclat de rire final, ce qui les embêterait car comment se battre quand on rit à gorge déployée?. Marianne nen croit pas ses oreilles.
Mais pour mener à bien une telle mission il faut, après obtention dun rendez-vous avec les interlocuteurs des deux camps, (mais qui ne voudrait rencontrer Marianne, une jeune femme charmante, jolie et européenne, neutre en quelques sorte), accompagner le « sauveur » (où est le féminin de ce mot ?) sur place
et donc emprunter la voie des airs. Et là tout risque de sécrouler car quelle compagnie aérienne acceptera de transporter une « bombe » au souffle ravageur telle que Marianne, après lincident quasi diplomatique déclenché lors de son escapade en Thaïlande On ne peut cacher sa caractéristique puisque dans une heure au maximum toute la planète sera au courant de laccroc dans la salle de réception de lhôtel et du sauvetage « ahurissant » du Président.
Les hommes du Président en sont conscients, et puis Marianne ne manque pas de le leur faire remarquer, alors ? il faudra tout examiner à la loupe.
Bien sûr il y a toujours les avions du gouvernement ou du Président, mais comment éviter que les accompagnateurs tombent sous leffet de narcolepsie. Et peut-on demander à Marianne de ne pas ouvrir la bouche tout au long du trajet de plusieurs heures. On pourrait la bâillonner, mais alors pas avec un foulard placé en travers de la bouche et attaché dans le cou, car son souffle trouverait une issue sur les côtés et nen prendrait que plus de vigueur pour se faufiler dans le moindre recoin de la cabine pressurisée. Il y a le masque « à la japonaise ». OK comme disent ses interlocuteurs et pour manger et boire pour ne pas défaillir dinanition, comment procéder ?.
Les trois hommes jouent à une sorte de « brainstorming » et les questions et réponses fusent des quatre coins de la pièce (et oui, nous sommes à Bruxelles, en Belgique et pas dans lhexagone avec ses six côtés)
Ray, un vétéran du FBI qui ne manque pas de « background » , pose une question très précise à Marianne, à savoir quel moyen de transport utilisez-vous lorsque vous voyagez accompagnée. Marianne répond quelle se déplace souvent en voiture, TOUJOURS avec toit ouvrant afin que les autres passagers ne soient pas incommodés et que son souffle puisse séchapper par le haut de lhabitacle. A première vue, une telle solution nest pas pensable en avion. Mais si, bien sûr, la voilà la solution du transport aérien. Revenons-en aux coucous tels quutilisés par Charles Lindbergh ou par les frères Wright aux temps glorieux de laéropostale. Pour réaliser ce plan il faut réunir tout un « staff » dexperts (et en Amérique cela ne manque pas) avec calculettes (pardon ordinateurs) à lappui afin de mettre toutes les chances du bon côté (le leur, of course).
Ce soir, à la demande expresse de son directeur qui le lui a vivement conseillé, Marianne a quitté son travail plus tôt que dhabitude. Elle a eu assez démotions pour une seule journée, plus quelle nen a jamais connues, du moins daussi intenses. Son cur bat encore à un rythme accéléré et ses pensées filent à toute vitesse dans son cerveau survolté. Il faut absolument quelle se calme, surtout quelle est maintenant au volant de sa petite voiture, sa « Caroline » et quelle na pas besoin dajouter à une telle succession dévénements une infraction au code de la route. Cette idée la fait sourire car elle se remémore « lincident » quelle a vécu quelques semaines auparavant, à son corps défendant.
Ce soir-là, tout comme aujourdhui, elle rentrait chez elle lorsquelle aperçut sur le bas côté de la chaussée, un policier qui lui faisait signe de se ranger. Il sapprocha et lui dit « contrôle de routine, papiers sil vous plait : permis de conduire, carte grise, assurance, etc. » Elle obtempéra immédiatement, elle navait rien à se reprocher et ne craignait donc nullement que les foudres de la loi fondent sur elle comme une calamité non requise.
Elle entrebâilla un peu plus son toit ouvrant afin de pouvoir tendre les documents à lagent par cette ouverture opportune. Mais lagent était suspicieux et il ordonna à Marianne de baisser la vitre de son côté afin de se tourner vers lui la « maréchaussée » à qui, cest bien connu, il faut sadresser avec respect et déférence Que pouvait-elle donc faire si ce nest obéir en essayant de ne pas « inonder » son interlocuteur de son souffle. Mais ce fut en vain et ce qui devait arriver arriva : la jeune femme répondit aux questions posées, dabord en parlant entre les dents mais, sur injonction de lagent, elle articula dune manière plus intelligible et le représentant de lordre vacilla. Il tomba à la renverse, étendu de tout son long perpendiculairement au véhicule appréhendé.
Comme de coutume, lagent nétait pas seul et son collègue resté dans la voiture de service sortit précipitamment pour voir ce qui se passait. Mais comment expliquer à ceux qui sont loin du QI dun Albert Einstein quune jolie femme avait mis un policier KO rien que par la puissance de son souffle (nauséabond, je vous laccorde, mais tout de même). Il se mit à vociférer et à gesticuler (que faire dautre devant une situation bizarre et proche dun attentat !) Il sortit son Gsm, forma un numéro et déclama à toute vitesse que Robert (le collègue étendu) avait été pris de malaise sans raison apparente, quil fallait envoyer une ambulance et des renforts pour amener la « délinquante apprentie terroriste » au commissariat.
Marianne pensa : « Cest reparti comme à Bangkok » et elle attendit, essayant de retrouver son calme pour pouvoir affronter le commissaire qui ne manquerait pas de la soupçonner des pires méfaits sans rien comprendre au comment et pourquoi de ce contexte inhabituel
Le commissaire, Jan Kazak, détailla Marianne des pieds à la tête quand elle pénétra ou plutôt fut poussée dans son bureau. Le premier coup dil fut à lavantage de la délinquante, mais il fallait en avoir le coeur net et, la regardant bien en face, il sadressa à Marianne :
JK Nom, prénoms, domicile, profession, etc. le baratin habituel.
M Marianne Berger,
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Elle avait prononcé ces paroles en détournant la tête afin de ne pas « importuner » le commissaire., mais il ne fut pas content de ce quil croyait être une dérobade car il avait fait un peu de psychologie à la petite semaine afin de pouvoir déceler le mensonge ou la vérité dans les yeux des autres.
JK Regardez-moi quand je vous parle et reprenons : Nom, prénoms, etc.
Marianne chercha fébrilement un mouchoir dans son sac et, armée de ce seul écran de baptiste blanche, espéra de toutes ses forces que cela suffirait pour atténuer sensiblement les méfaits de son haleine. Le commissaire avait suivi son manège avec curiosité et ensuite avec agacement car, sil pouvait voir ses yeux, il ne pouvait voir ses lèvres et cela aussi le dérangeait (jamais contents, ces hommes !).
JK Pas de simagrées avec moi, ma ptite dame, on ne me la fait pas. Montrez-moi votre visage et reprenons : Nom, prénoms, etc.
Marianne poussa un profond soupir, eut un éclair de rage dans le regard suivi dune étincelle de panique, et répondit, mais en serrant les dents.
M Marianne Berger, etc.
Cette fois le commissaire Kazak vit rouge et tapa avec force son poing sur le bureau devant lui. Les trombones déposés en vrac dans une petite soucoupe, dansèrent la farandole sous ce coup impromptu et la petite agrafeuse fit un quart de tour vers la droite.
Marianne était au bord des larmes et avança une main tremblante vers le bureau, demandant timidement de quoi écrire. Le commissaire, qui nétait pas le mauvais bougre que lon pouvait craindre, lui tendit une feuille de papier et un bic et la jeune femme y écrivit : je souffre dhalitose. Elle neut pas le temps de compléter son explication que le commissaire lui retirait le papier des mains et lisait à haute voix :
JK « halitose, halitose, quest-ce que cest que ça ? Une nouvelle maladie. Je croyais pourtant tout savoir dans ce domaine en commençant par la coqueluche, les oreillons, la rougeole et même la varicelle que jai eus bien à propos afin décourter mes séjours à lécole. Et maintenant, dans mon métier, je suis confronté au Sida et autres saloperies, mais » halitose « jamais entendu »
Marianne fit un signe du menton indiquant quelle voulait compléter son explication, ce quelle fit par les mots « mauvaise haleine ».
Alors là le commissaire fut pris dun fou rire tonitruant quil ponctuait de tapes sur les cuisses tant il était hilare.
JK Mais ma ptite dame (décidément il y tenait !) jen ai tous les jours des gars qui ont mauvaise haleine ; vous ne pouvez savoir ce que cest quand on les ramasse dans la rue à 4 h. du matin, complètement ivres et que tout ce quils ont ingurgité séchappe en bloc via leur haleine et jencaisse cela sans broncher ; après tout ce sont les risques du métier et on finit par ne plus trop sen apercevoir.
Marianne secoua vivement la tête en signe de dénégation et reprit le papier qui avait mis le commissaire dans un tel état de joie, et elle ajouta de sa belle écriture claire: « quand elle touche le visage
des gens, ma mauvaise haleine les endort immédiatement, ce qui est arrivé à votre agent. » Et à cet instant-là le téléphone sonna sur le bureau de M. Kazak. Il décrocha le combiné, écouta attentivement son interlocuteur, dit deux fois « hum, hum » et raccrocha. Il regarda Marianne qui avait replacé le mouchoir devant sa bouche et lui dit :
JK Eh bien, en voilà une histoire. On me confirme de lhôpital que Robert était endormi comme un bébé après son premier biberon ; quil vient de se réveiller, frais et dispos, quil revient au poste pour taper son rapport et
mais quest-ce que je vais bien pouvoir faire de vous. Apparemment ce « problème » est indépendant de votre volonté et, à part cela, vous navez enfreint aucune loi. Je vais donc vous relaxer et vous demander de réfléchir à lattitude que vous devrez prendre si un tel incident vous arrive à nouveau. Allez bon vent et « nendormez pas trop les gens que vous rencontrez, à part nos politiciens à qui cela ferait du bien de se reposer
la langue quils doivent avoir chargée à force de débiter des idioties ».
M Merci Monsieur le Commissaire et excusez-moi pour le dérangement.
Et elle quitta le commissariat sans se retourner.
Chacun ici bas est un être unique, mais Marianne est encore plus « unique » que dautres, si on peut dire.
Après avoir tourné à droite dans la Chaussée de Waterloo, près de lEspinette Centrale, la petite voiture sengagea avec prudence mais non sans dextérité dans lallée ombragée qui conduisait quelques mètres plus loin à la villa que Marianne occupait avec Gérard. Il était 17.30 h., Gérard rentrait vers 18.30 h., elle avait donc une heure pour se relaxer, faire couler un bain chaud, allumer quelques bougies dans la salle de bain pour créer lambiance propice au rêve et à la contemplation (elle était très « zen » ) et se laisser glisser doucement dans londe parfumée pour mieux réfléchir à tout ceci.
Son avenir nétait fait que de points dinterrogation qui se chevauchaient, jouaient à saute mouton, faisaient des galipettes, se dérobaient, sadonnaient à mille extravagances dès que Marianne essayait
den changer un en pensée positive. Wait and see, il ny avait rien dautre à faire pour le moment, à moins que
Quelle perspective, à la fois cauchemar et espoir. Si vous voulez nous aider à mettre sur pied une telle opération pour le sauvetage de lhumanité (nayons pas peur des envolées lyriques, elles ont été créées pour cela), ne manquez pas de nous contacter. Toutes les informations seront examinées avec soin et la meilleure, celle que lon pourra appliquer, sera récompensée. A vos claviers et écrans, foncez, sauvez le monde. Ce nest pas une malencontreuse halitose qui nous empêchera douvrir la bouche ni nous mènera par le bout du nez ! A bon entendeur salut et quon se le dise !
Anne Vive attend vos suggestions pour la suite des péripéties de Marianne et de son halitose maintenant proclamée salvatrice. 
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