02/08/2001 - Paolo Dupont
Les Ousils - Chapitre 8 : Trahison
Jaffar méditait depuis trois jours sur son assignation en résidence surveillée, l'ordre émanait de l'empereur lui-même.
- "A vos rangs, fixe !" hurla le planton.
Jaffar ne se posa pas de questions, instinctivement, il se mis au garde-à-vous en entendant le signal du garde de l'autre côté de la porte. La porte s'ouvrit sur le commandant suprême des armées. Petit, trapu, un léger roulement des épaules, un uniforme noir impeccable sans décorations, le Commodore n'aimait pas la quincaillerie. Il rappelait à Jaffar à chaque fois qu'il le voyait le Kfirk, cette petite belette des forêts de son enfance, un prédateur redoutable, le symbole de son clan.
- "Repos, Jaffar. Je vois que vous êtes bien installé."
- "Mes respects, Commodore."
- "Tu respectes le règlement maintenant ?" répondit-il avec un large sourire.
- "Pourquoi tout cela ? Je suis traité comme un traître." demanda t-il en montrant les barreaux aux fenêtres.
- "Pas encore, Jaffar" pensa le Commodore se dirigeant vers la fenêtre.
- "Désolé, je ne sais rien ceci n'est qu'une visite de courtoisie. Tu sais, c'est ma saison préférée, j'ai toujours adoré la pluie. Sortons un peu."
La discipline militaire ne peut s'interposer entre eux, il y a trop de choses qui les lient, l'enfance, les chasses. De toute façon, ils appartiennent au même clan, frères de chasses.
Après plusieurs minutes de marche silencieuse dans le bois adjacent à la résidence, la pluie se mit à tomber, c'est le moment que choisit le Commodore pour parler.
- "Jaffar, je ne suis pas responsable de l'arrêt de ta mission, ni de ton internement en résidence surveillé. L'Empereur a décidé....."
- "Mais, j'étais en mission sous mandat impérial." hurla Jaffar.
- "Je sais tout cela, la situation est critique. J'ai besoin de toi, je vais te demander de souiller l'honneur du clan." Les derniers mots eurent raison de la colère de Jaffar.
- "Je t'écoute."
- "L'empereur a parti lié avec les Ousils.."
- "Quoi !!! Tu es cinglé."
- "Viens, la pluie redouble, je ne souhaite pas la manquer." Ils sortirent du bois pour s'arrêter au beau milieu d'une clairière.
- "Kadmiss, on ne chasse plus aujourd'hui. Qu'est-ce c'est que toute cette merde ?" demanda Jaffar.
- "Ecoute bien, ne m'interrompt pas ce que j'ai à te dire est assez long. Il faisait nuit...".
Il faisait nuit lorsque la flotte impériale débarqua sur la seule lune gravitant autour de Kin VI. Le vaisseau impérial, trois croiseurs, un navire de soutien au sol et de débarquement.
- "Commandant Trulin, faites débarquer les troupes."
- "Bien, Seigneur."
- "Seigneur, le navire "Le Vengeur" signale la présence d'une unité humaine près du point de débarquement."
- " Commandant, suivez les ordres." ordonna sèchement l'empereur.
Le commandant du vaisseau prit l'intercom, fit un signe à l'officier de pont, ce dernier enclencha la communication : "Appel à toutes les unités, ici le commandant Trulin, suivez les ordres qui vous ont été communiqués à la lettre. Je répète à la lettre. Terminé."
L'empereur débarqua dans la nuit fraîche, les troupes d'assaut s'étaient déjà déployées et à une centaine de mètres de là, une navette de construction différente éclairait de ses feux, un homme seul.
- "Commandant, inutile de me faire accompagner."
Le commandant retourna dans la salle de commandement du vaisseau impérial. L'officier de quart le remarqua à peine plongé dans les opérations de routine nécessaires après chaque atterrissage. Il ne remarque même pas que le commandant mit en marche l'enregistreur tactique. Les moindres faits et gestes de l'empereur seraient ainsi espionnés.
L'étranger fit un signe élégant de la main à l'empereur.
- "Mes respects, Empereur. Veuillez excuser le peu de confort qu'offre ce type d'entrevue." salua lAmbassadeur des Sept Valeurs.
- "Mes respects, Président. Sincèrement, j'aurais aimé ne jamais avoir à vous rencontrer. Que me voulez-vous ?" dit l'empereur.
- "Vous êtes direct, c'est mieux, les choses sont déjà assez difficiles. Je le serai donc aussi ; vous n'avez pas le droit d'utiliser les vortex."
- "N'êtes-vous pas mandaté pour maintenir l'équilibre entre les différents ordres, Président ? Or, vous abandonnez mon peuple à la merci des Chaotiques ?"
- "Il s'agit d'une erreur malencontreuse."
- "Cette erreur malencontreuse dure depuis deux ans, vous n'êtes pas prompts à assurer les devoirs de votre charge."
- "La politique est un art difficile et bien des chemins mènent à la victoire. De toute façon, là n'est pas la question, vous n'avez pas le droit d'utiliser les vortex." haussant le ton.
- "Président, je suis LIBRE." L'empereur insista sur le dernier mot, le président se figea, il n'avait pas prévu cela, piégé par la Charte qu'il défendait.
- "Certes." dit-il d'un ton radouci par cet argument.
- "Certes, vous êtes libre, néanmoins vous oubliez les termes de le Charte que vos pères ont signé."
- "Ils n'ont pas signé une reddition sans condition que je sache, la Charte doit nous permettre de vivre en paix. Je défendrai mon peuple par TOUS les moyens."
- "Empereur, je vous demande d'infléchir votre position et de considérer tous les tenants et les aboutissants de la charte."
- "Président, vous avez perdu toutes vos pièces dans la partie d'échecs qui vous opposent aux Chaotiques, il est hors de question de vous laisser damer avec le sang de mon peuple. L'incurie de vos prédécesseurs nous condamne à mourir dans les geôles des Chaotiques mais mon peuple a assez de courage et de puissance pour les rayer de la carte du ciel."
- "Impossible, vous n'êtes rien, un simple vortex ne suffit." affirma le président, riant aux éclats.
L'empereur sourit et fit un geste de la main. Tout autour du président, l'air se mit à danser, une forte odeur d'ozone se répandit, le vaisseau lui-même se mit à onduler, et soudain, surgissant du néant, une dizaine de gardes impériaux pointant leur fusil vers le président, des véhicules blindés apparaissaient près du vaisseau du président. Le rire du Président s'arrêta net en voyant l'immense vaisseau de guerre stationnée à quelques centaines de mètres d'altitude.
- "Président, je vous présente la Garde Impériale. Vous pouvez constater que je ne bluffe pas. Mon armée n'est pas équipée uniquement de paralyseurs, nous avons les armes furtives et les rayons de dispersion d'atomes. Nous pouvons infléchir le temps avec "les portes de Lanti" et l'espace avec les vortex. J'en ai utilisé un, il y a deux jours à titre d'avertissement et il n'y en aura pas d'autre, vous devrez trouver un autre jouet pour les Chaotiques."
Fixant le Président dans les yeux, l'empereur reprit : "La charte que mes pères ont signé sera un leurre tant que vous baisserez les yeux devant les Chaotiques, je nous considère en l'état des choses comme détachés de tout engagement vis-à-vis de cette Charte et ces signataires."
L'empereur remit sa toge en place, salua le président d'un signe de la tête et retourna à la navette. Le Président serra les poings mais ne dit mot.
- "Jaffar, l'entrevue a eu lieu hier, j'ai obtenu une traduction partielle des propos par un ami. Le vaisseau de l'étranger correspond aux spécifications qui ressortent de ton enquête. ..."
- "Quelle traduction, Kadmiss ??" coupa Jaffar.
- "L'empereur a utilisé la langue sacrée du clan impérial, je n'ai pu faire traduire lentrevue que par un traducteur électronique mais il est clair que l'empereur ne tentera rien contre les incursions des Ousils. De plus, il existe une armée secrète avec une puissance de feu incroyable, j'ai vu l'enregistrement d'un vaisseau d'une telle taille que l'on pourrait loger une escadre entière. L'empereur a visiblement le pouvoir depuis deux ans d'arrêter les attaques des Ousils mais il a laissé faire. Mais encore, il parle d'un accord signé de longue date entre l'empereur et les Ousils. L'empereur s'est fait taper sur les doigts et t'a retiré cette mission pour laisser les mains libres aux Ousils." Kadmiss respira profondément et reprit d'une voix apaisée.
- "D'après mes agents, il a prévu de t'éliminer quand les choses se seront un peu tassées. Tu reprends la mission pour mon compte : infiltrer les rangs ennemis."
La pluie redoubla, Kadmiss sourit, "Ca rappelle les chasses au clan, hein ? Dommage, ce sera sans moi cette fois."
Reprenant sur un ton sévère, "Jaffar, ta mission commencera ce soir, tu seras transféré vers une prison militaire, un accident te tuera et avec un vortex, je te renvois vers Rockberry. De là, à toi de jouer, envoie des messages au clan comme tu le pourras en le codant avec les chiffres du clan, ça bloquera le service de contre-espionnage s'ils s'aperçoivent de quelque chose. De mon côté, j'essaierai de contrôler cette armée secrète pour qu'elle protège l'empire au lieu de soutenir les Ousils. "
- "Mais, Kadmiss, les services de sécurité feront le rapprochement avec ta visite et ... "
- " T'inquiètes pas en tant que Commodore, je contrôle les services de sécurité mais pas le contre-espionnage. Faites votre possible, Herold t'accompagnera, pour lui, c'est déjà réglé, il s'est suicidé ce matin."
Mille étoiles brillaient dans le ciel dégagé, les lunes jumelles Deva et Ky projetaient une pâle luminosité sur les visages. Herold contrôlait le matériel apportés par les hommes du Commodore.
- "Bonne chasse, Jaffar" souffla Kadmiss l'étreignant.
Le vortex se referma.
|