02/08/2001 - Chris Mallone
Les Ousils - Chapitre 7 : La retraite

Borig et ses colonels s'étaient rassemblés dans la salle de conseil de la navette de commandement installée au point A30 de Rockberry. Dans un silence de mort, tous attendaient une communication de la station géostationnaire. La dernière mésaventure du commandant Borig s'était répandue au sein des troupes comme une traînée de poudre, mais personne n'avait osé soulever la moindre question. Rare aussi étaient les regards qui osaient s'aventurer sur le visage de Borig. Ce dernier était décomposé, au summum de la rage. Les dents serrées, le regard déterminé et lointain de Borig suffisaient à faire taire les différents belligérants. L'écran holographique installé au centre de la table de conseil se mit à crépiter. C'était la station géostationnaire. Un visage apparu alors. Celui-ci tourna sur lui-même et inspecta les différents participants. L'homme se mit à parler :
- Messieurs, la situation est explosive. Le Grand Ordre de la Balance nous demande de retirer toutes nos troupes dès maintenant. Je n'ai rien d'autre à ajouter.
L'assemblée ne réagit pas à cette annonce, mais tous les visages semblaient accueillir cette nouvelle comme une libération. Les derniers événements leur avaient fait accumuler trop de pression. Le seul fait de quitter Rockberry suffisait à calmer ces hommes pourtant endurcis par leur métier et leurs guérillas incessantes. L'hologramme reprit la parole :
- Commandant, combien de temps vous faut-il pour regagner la station géostationnaire ?
Borig ne répondit pas.
- Commandant ? reprit l'hologramme.
Borig transperça l'hologramme de son regard ferme. Le colonel Zarof installé à l'opposé de Borig sentit les petits yeux de son commandant se figer sur lui. Borig se décida à prendre la parole :
- Autant de temps qu'il faudra pour retrouver les canailles qui nous ont échappées.
L'interlocuteur leva les yeux au ciel.
- Commandant, cette mission est terminée. Le point A27 ne comporte plus aucune forme de vie et le Grand Ordre de la Balance exige un retour immédiat ! Votre mission a été parfaitement exécutée. Elle est maintenant terminée.
Borig ne bougeait presque pas. Il répliqua froidement :
- Des hommes se sont échappés en ouvrant un Vortex spatio-temporel. Ces hommes se sont échappés pour revenir. Il ne doit y avoir aucun témoin. Nous attendrons donc tous le retour de ces hommes.
L'assemblée comprenait déjà que nul ne saurait empêcher Borig d'agir à sa guise. Mais l'insistance que mettait la station géostationnaire à faire appliquer les ordres du Grand Ordre de la Balance les faisait encore espérer :
- Commandant, aucun Vortex n'a été décelé. Cette information est totalement démentie par le Grand Ordre de la Balance. De plus, l'existence des Vortex n'a jamais été prouvée. Il nous faut tous rentrer dès maintenant.
Borig resta de glace :
- Non. Les Vortex existent bel et bien et quelqu'un les utilise. Les Ousils de l'Ordre ont très bien pu s'en servir pour nous contrer. Je reste ici, nous restons ici et nous allons tirer tout cela au clair.
L'homme de l'hologramme perdait patience :
- Commandant, votre attitude est insupportable ! Je vous somme d'obéir aux directives du Grand Ordre de la Balance !
L'hologramme dévisagea ensuite, un à un, les hommes conviés à la réunion :
- Messieurs je compte sur vous tous pour faire évacuer Rockberry dans l'heure.
Borig se leva brusquement et explosa :
- Vous n'avez aucun ordre à donner à mes hommes ! Cette mission est sous ma responsabilité. Je vous tuerais comme je tuerai le premier chacal disposé à vous suivre ! Vous m'entendez !
L'hologramme s'éteignit dans un éclair bleuté, laissant Borig à sa colère sous les regards indécis de ses colonels. L'un d'eux prit la parole :
- Commandant, je crois que la station géo à raison. Il faut suivre les consignes du Grand Ordre de ...
L'homme n'eut pas le temps de finir sa phrase. Borig, déchaîné, était déjà sur lui. Il l'attrapa par le cou, le souleva à plusieurs centimètres su sol et, le regard solidement accroché à l'homme, annonça :
- Personne, tu m'entends sale merde, personne ne m'empêchera de punir ceux qui ont fait çà. Personne !
Pendant que d'une main il maintenait l'homme sur le mur, de l'autre il poussait son poing sur la cage thoracique. Tout en fixant sa victime, il enfonçait doucement le poing avec calme et sans effort. Un craquement se fit entendre, puis un autre et encore un autre. La cage thoracique du malheureux cédait peu à peu. Le souffle coupé, celui-ci s'évanouit. Borig ne lâcha pas prise et continua d'appuyer avec une facilité qui figea toute l'assistance. Alors, sans un bruit, le poing de Borig transperça le corps du colonel, laissant éclater un flot de liquide sanguin.
Borig lâcha alors sa prise. Le corps sans vie s'effondra sur le sol. Le commandant se retourna et fixa l'assistance éberluée :
- Messieurs, mettez tous vos hommes sur le pied de guerre. Les évadés vont revenir et cette fois, je ne veux pas qu'ils m'échappent.


http://www.babelweb.be • Babelweb © 2001 - 2013 tous droits réservés