02/08/2001 - Vincent Lagny
Les Ousils - 1ère Partie : Inferno - Chapitre 1 : La découverte

- Par tous les proms, quelle abomination ! Ces ousils sont inconscients !
Herold était visiblement très choqué. Jaffar compatit et aida Herold à retourner le corps inerte et mutilé du soldat. Ce dernier gisait dos contre terre sur les restes d'un mur effondré. La mâchoire avait été arrachée et la cage thoracique pulvérisée par de multiples coups de poings qui ne laissaient aucun doute quant à leur origine. Les ousils se laissaient toujours emporter dans les combats. Enveloppés par le silence majestueux qui règne toujours après le passage des ousils de la section Recherche, les deux hommes s'affairaient. Ils étaient habillés discrètement : imperméable beige, chapeau feutre noir pour Herold et cuir noir sur uniforme de ville pour Jaffar. A cinquante-quatre ans, Herold Cash était l'aîné de vingt ans de son confrère. Ses cheveux gris et son visage carré, marqué par l'expérience et le temps contrastaient avec le visage dur mais jeune de Jaffar. Depuis le début de l'enquête, tous deux pressentaient une tournure malsaine des événements.
- Il n'était armé que d'un simple paralyseur, commenta Jaffar, un modèle standard sur cette planète, et a priori totalement inoffensif sur les ousils. Ses blessures datent d'environ seize heures.
Il sortit un analyseur flottant, le mit en route et, tout en l'approchant de sa bouche, continua :
- Rockberry, Jaffar Thomeleg, mission d'étude du peuple ousil, 8éme mois 12éme jour et 16éme heure. Sujet : analyse d'un sujet rockberrien mort, vraisemblablement tué par...
- Arrête donc ton cinéma, l'interrompit Herold, cet homme est mort, tué, assassiné, tout comme ces milliers d'autres, et, désignant le champ de bataille, il accompagna ses paroles d'un mouvement du bras.
Des centaines de cadavres s'entassaient sur les ruines de la plus impressionnante forteresse de la planète.
- Nous ne pouvons plus rien y faire, paix à leur âme, ajouta-t-il.
Jaffar s'arrêta un instant, regarda son collègue et continua :
- ...tué à mains nues par un ou plusieurs individus de race ousil. Analyse des coups et blessures : mâchoire...
Herold s'était déjà levé et s'éloigna de la scène. L'imperméable ouvert, les mains dans les poches, il maugréa quelques jurons envers la discipline militaire et, tout en enjambant les corps inertes, se dirigea vers leur navette officielle. Le ciel était noir, absolument pas couvert, et illuminé par l'unique lune de Rockberry. Se retrouver seul quelques instants lui permettrait de mieux analyser la situation. Ils avaient retrouvé la trace des ousils. Ce premier contact avec cet empire colonialiste aussi puissant que Jotyr, d'où venait Herold, avait au moins le mérite d'annoncer clairement les choses. Limier d'élite de l'empire galactique Jotyr, Herold avait été désigné pour mener cette enquête à un âge où l'on choisit plutôt de former la relève ou de remplir des imprimés dans un bureau bien chauffé du quartier administratif de Bolcan 4. Mais Herold n'avait rien choisi du tout. Tout lui avait été imposé. De la date exacte de départ au second qui faisait équipe à ses côtés. Et un militaire qui plus est ! Ce côté disciplinaire ne lui plaisait pas du tout. Mais les choses étaient ainsi, et, une année lumière de voyage s'étant écoulée, il n'était plus question ni de reculer ni de démissionner. Tout ce que la sécurité impériale avait pu lui fournir était son ordre de mission ainsi qu'un soit-disant dossier. En fait de dossier, il s'agissait d'un amoncellement d'articles de presse. Concernant les ousils, il n'y avait dans ce dossier, que de maigres informations qui insistaient sur le fait que l'empire ousil était quasiment inconnu des Jotyr et qu'aucun contact n'avait jamais eu lieu avec un seul membre de cette race. Plusieurs missions diplomatiques avaient déjà été envoyées durant ce dernier millénaire, mais aucune n'est jamais revenue. Et dans tous les cas, il n'avait jamais été possible de déterminer la cause des échecs. Les théories les plus folles tournaient autour de l'empire mais aucune n'était fondée. Cela aurait pu continuer ainsi pendant de nombreuses années s'il n'y avait pas eu la perte d'unités Jotyr. En effet depuis quelque temps, les postes situés en périphérie de la fédération ne donnaient plus de nouvelles. Et voilà qu'il vagabondait sur Rockberry, ou plutôt, sur ce qu'il en restait.


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