03/08/2001 - Paolo Dupont
Highland - Chapitre 2 : Autopsie
Ken entra dans la salle d'autopsie :
- Salut Blake, comm...
Les mots moururent sur ses lèvres. Blake, le médécin-légiste, était assis par terre terminant au goulot une bouteille d'Aberlour avant de l'envoyer se briser contre le mur. Ken s'approcha de Blake. Ce dernier avait les yeux gonflés et injectés de sang de quelqu'un qui a beaucoup pleuré.
Ken s'assit gêné, cherchant une phrase convenable pour soutenir son ami. Mais, il ne trouva rien de mieux que :
- Çà n'a pas l'air d'aller très fort ?
Pas de réponse, si ce n'est le mouvement de lèvres pour former un simple mot, un prénom :
- Timmy.
- Tu disais, Darts ?
Blake était le champion de fléchettes du comté, il ramassait tous les prix lors des concours dans les pubs. Le surnom ramena un peu de chaleur à son visage, un pâle sourire.
- Tu sais pour Timmy ? gémit Blake en levant les yeux vers Ken
- Qui est ce Timmy ? interrogea Ken en s'asseyant près de son ami.
- Mon frère mort, cela fait 48 ans aujourd'hui.
- Je savais pas.
Ne sachant pas très bien ce qu'il pouvait répondre, il se sentit obligé d'ajouter :
- C'est ce qui te met dans cet état ?
- Oui, ça recommence.
Ken ne comprenait plus :
- Qu'est-ce qui recommence ?
- Les rituels, Ken, les rituels. Tu es trop jeune, tu n'a pas connu ça. Mon frère est mort seul dans la lande parce que je l'ai laissé là-bas après une balade. J'ai fait ça pour qu'il comprenne que toutes ces histoires bizarres autour de Dunvegan, c'était de la blague. Mais c'est vrai, tout ça.
Il désigna la table d'autopsie du doigt :
- Tout ça, là, c'est la putain de vérité, tout existe, maintenant, j'en suis sûr.
Malgré l'Aberlour et la douleur, Blake était parfaitement lucide, quelque chose d'indéfinissable dans la voix impressionna Ken.
- Montre-moi, Darts.
Le corps retrouvé la veille par un promeneur gisait sur la table d'autopsie, il s'agissait d'un homme jeune, blanc de peau. Le corps ressemblait à un ballon de baudruche dont l'air aurait fui trop vite. La peau, froissée comme une lettre inachevée, était dans un parfait état de conservation, le visage était déformé par un ignoble rictus de douleur, les lèvres avaient été découpées avec une précision chirurgicale, les yeux énucléés.
- A mon avis, les mains ont été rongées par un acide, j'ai envoyé quelques échantillons pour analyse au Yard, la réponse devrait arriver d'ici deux jours. J'ai quand même pu trouver un empreinte digitale mais en très mauvais état. Elle aussi a été envoyée. Je n'ai aucune idée de la façon dont les organes et l'ossature ont été extraits du corps. Mais ça, c'est rien à coté du reste, regarde !
D'un geste vif, Blake retourna le corps comme un linge sur une table à repasser.
Le dos présentait un tatouage qui le recouvrait entièrement. Il était composé d'un ensemble de signes, hiéroglyphes ou de symboles. La définition et la signification exacte des traits était difficile à interpréter. Un symbole revenait de manière récurrente :
La couleur pourpre dominait les diverses teintes de bleu, de jaune et de vert. Un certain nombre de dessins étaient présents, des formes humaines encapuchonnées apparaissaient à divers endroits, des créatures d'un blanc laiteux écoeurant avec de grandes ailes et un unique il pourpre semblaient s'accoupler avec des êtres humains difformes ou mutilés, les formes encapuchonnées pratiquaient des actes de torture sur des êtres humains.
Le style du tatouage était répugnant et son contenu si révoltant que Ken fut pris d'une violente nausée. Blake replaça le corps sur le dos.
- Tu sais, Ken , je me suis souvent demandé pourquoi je faisais ce métier, et aujourd'hui, j'ai compris. J'ai découpé tous ces braves gens toutes ces années pour être certain que ce qui était arrivé à Timmy n'est qu'une histoire de plus, un truc qu'on raconte au coin du feu. Mais, j'ai tout faux.
Blake avala sa salive, le souvenir de Timmy était toujours aussi pénible.
- On ne m'a jamais rien dit sur sa mort mais je sais qu'elle n'était pas normale comme on l'a dit. Timmy n'a pas été vidé, ça c'est sûr mais il avait ce tatouage noir avec un il rouge à la base du cou comme ce gars. Je l'ai en partie vu avant qu'on ne referme le cercueil, quand je l'ai embrassé une dernière fois, il y a 48 ans. 48 ans que j'entends sa voix, 48 ans que je l'entends me supplier de l'attendre.
A ces mots, Blake prit une voix d'enfant, ses yeux se fermèrent :
- Blake, attends-moi, attends-moi, attends-moi, où les banshees vont m'attraper.
- Les banshees, c'est en Irlande, c'est maman qui a peur des banshees pas nous on est écossais, elles ne nous feront rien.
- Si, Blake attends moi, j'ai peur, oncle Lochaber a dit de faire attention dans la lande.
De sa propre voix, Blake reprit :
- C'est drôle, je n'ai pas pleuré le jour de l'enterrement, je n'ai pas pleuré quand mon père m'a battu et je l'ai payé, crois-moi, je n'ai pas pleuré toutes ces années et là.
Les mots n'empêchaient pas les larmes de couler.
- Mon oncle m'a toujours défendu contre mon père après ça. Quant il était là ils se battaient entre eux sinon j'y avais droit. Parfois, je regrettais de ne pas être à la place de Timmy.
- Si tu trouves le fumier qui a fait ça, Ken, jures-moi que tu me l'amèneras, cet ordure est à moi, on n'a pas le droit de prendre son frère à un gosse de 12 ans pour faire ça, hein ?.
- Je le promet, mentit Ken. Viens, ne restons pas ici je te ramène chez toi.
Ken raccompagna alors Blake chez lui.
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Quelques heures plus tard, Ken était de retour dans la salle d'autopsie. Il écouta l'enregistrement audio de l'autopsie du corps qui ne révéla rien de plus. Tout à coup, un cri résonna dans la salle "Timmyyyyyy". Il se retourna pour voir qui avait hurlé avant de réaliser qu'il sagissait simplement de l'enregistrement de la voix de Blake, quand il découvrit le dos du cadavre pour la première fois.
Dans la relative quiétude de la salle, Ken se souvint que Blake avait fait mention de son oncle Lochaber à plusieurs reprises.
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