03/08/2001 - Michaël Doguet
Mémoire Morte - Chapitre 4 : Fuite
L'hôpital puait la mort, ce jour-là. On avait ramené une fournée de blessés du planétoïde 443, dont la défense sétait révélée être un échec cuisant. Les poulpes avaient acquis de nouvelles techniques de combat, plus évoluées, plus intelligentes. L'humanité reculait face à son ennemi. Et les soldats affluaient en masse dans les hôpitaux sur Terre.
Le docteur Casey aurait bien aimé être en vacances ce jour-là, mais il les avaient repoussées d'une semaine. Ca avait été une grave erreur, pensa-t-il. Il était à peine neuf heures du matin, et il avait déjà perdu cinq de ses patients, tous aux membres arrachés ou disloqués. Qu'il aurait voulu soigner le vieux détective, Henry Fing, lui enlever une balle dans la jambe ou le ventre! Mais là, il n'y avait pas de balle à enlever, il n'y avait même plus de jambe. Son rôle consistait finalement à faire durer les hommes le plus longtemps possible, de façon à ce qu'ils aient le temps de voir leur famille. C'était d'ailleurs assez rare.
On lui avait accordé une pause de cinq minutes, et il tentait de se reposer, un café à la main. Sa blouse était tâchée de sang. Le couloir dans lequel il se trouvait était assez calme. Il avait découvert un coin où les soldats n'étaient pas encore entreposés: la section d'aide aux déconnectés, comme on les appelaient. Tous les gens marchaient calmement, sans avoir en tête la moindre vision d'horreur.
Soudain la porte de l'ascenseur s'ouvrit en grand, laissant le passage à un brancard, entouré de trois médecins.
- Laissez passer, laissez passer! criaient-ils sans cesse. On a un cas d'allergie grave!
L'allergie était extrêmement rare: toute connexion devait toujours se faire avec l'accord d'un ordinateur médecin de classe quatre minimum. Le corps sur le brancard s'agitait comme un forcené, il était attaché par de fortes sangles aux poignets et aux mollets.
Lorsque le convoi passa devant lui, Casey reconnut le visage torturé de l'homme allongé: c'était le type à propos duquel Fing et lui s'étaient engueulés. D'après le détective, il avait été effacé. Il pensa qu'il faudrait qu'il passe voir ce qui se passait, un peu plus tard, si jamais le type s'en sortait. Il regarda sa montre. Ses cinq minutes étaient écoulées, il repartit en direction de l'enfer.
Michaël se réveilla dans un pièce complètement blanche, sans la moindre fenêtre. Il était allongé au sol.
La première pensée qui lui vînt fut qu'il ne sentait ne sentait plus de décharges électriques. La seconde, il l'émit à haute voix:
- Merde... d'où vient la lumière?
En effet, le cube blanc dans lequel il se trouvait était éclairé, mais rien ne brillait. Il leva la main et fit tourner sur elle-même, pour s'apercevoir qu'elle ne projetait aucune ombre.
Il se leva, et fit quelques pas. La pièce était plus grande qu'elle ne lui avait semblé une minute plus tôt: il lui semblait que les murs s'éloignaient à mesure qu'il s'en approchait. Il se retourna... pour voir que le mur derrière lui s'était, lui, rapproché. Il fît un pas dans sa direction, sans pour autant réussir à avancer.
Il comprit rapidement que les murs suivaient sa marche, et que, quelque soit ce lieu où il se trouvait, il n'était pas dans un endroit très normal. Il s'assit par terre - le sol existait encore, lui - et tenta de réfléchir à sa condition.
Il devait avoir eu un problème durant sa partie de NetSlaughter, et il s'était évanoui dans les bras de Richard. Celui-ci l'avait-il amené ici, dans une pièce secrète? Mais pourquoi donc?
Soudain, le mur blanc en face de lui devînt flou, laissant apparaître petit à petit une ombre bleue, puis finalement un homme. Le nouvel arrivant semblait très inquiet, il regardait nerveusement tout autour de lui. Puis, il fixa Michaël.
- Monsieur Doguet? questionna-t-il.
- Oui? répondit celui-ci, méfiant.
L'homme se redressa, et sembla plus sûr de lui.
- Je suis venu vous aider à repartir d'ici, annonça-t-il.
- Mais... où sommes-nous?
L'inconnu semblait s'attendre à cette question, et on voyait à son regard qu'il aurait aimé qu'elle ne soit pas posée.
- Disons que vous êtes... plus ou moins en prison, et moi, je viens vous faire sortir.
Il regarda sa montre, et recommença ses agitations nerveuses.
- Ecoutez, coupa-t-il, ne posez pas de questions, et donnez-moi la main. Il faut qu'on parte le plus vite possible d'ici!
Cela avait été dit avec tant de force, que Michaël ne put s'empêcher dobéir. Dès que leurs mains se furent touchées, il sentit une énorme décharge électrique lui remonter le bras, et il y eut un flash noir. Il ferma les yeux, pensant que la mort était très près.
Lorsqu'il se décida enfin à les rouvrir, il s'aperçut qu'il était encore en vie. Les décharges avaient elles aussi disparu, et il ne ressentait plus aucune douleur. Il sentait un matelas moelleux sous son dos, et comprit, lorsqu'il vit les appareils électroniques à coté du lit, qu'il se trouvait dans un hôpital. Une fois par semaine, pensa-t-il, c'est une bonne moyenne.
Il leva la tête pour regarder ce qui se trouvait autour de lui. Géraldine dormait affalée sur une petite chaise en plastique, les bras pendants, touchant presque le sol. Il n'y avait pas de fenêtre, mais un large néon accroché au plafond éclairait la pièce. Une seule porte, en face du lit, permettait de sortir.
- Eh, murmura-t-il doucement. Géraldine! Je suis réveillé!
Sa femme s'agita sur sa chaise, puis ouvrit les yeux. Elle bailla tout d'abord, puis jeta un oeil sur le lit.
- Mon dieu! hurla-t-elle. Tu es vivant!
Elle fit un large sourire en se levant de sa chaise.
- Je vais appeler les médecins. Reste ici!
- Pas besoin, répondit Michaël, j'ai un bouton pour faire ça.
Et il appuya dessus.
A peine quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit en grand, laissant passer quatre vieux types en blouse blanche.
- Il est réveillé, il est vivant! leur cria Géraldine à leur arrivée.
Le premier docteur fit un sourire fier.
- Bien sûr, madame. Il a été soigné par les plus grands médecins de la planète.
Puis il s'adressa au malade.
- Comment vous sentez-vous?
- Bien, je crois.
Un autre docteur, à l'air sérieux et inquisiteur, prit la parole, en avançant d'un pas.
- Vous croyez seulement?
- Euh... Non, je vais bien.
- Bien comment? questionna un autre. Avez-vous mal quelque part, des nausées?...
- Non, rien.
- Alors, vous êtes sauvé, conclut le premier.
Tous les quatre firent demi-tour, sans même jeter un oeil sur le malade. Celui-ci et sa femme restèrent seuls.
- Que m'est-il arrivé? demanda Michaël.
Géraldine leva les yeux aux ciel, gênée. Elle hésita longuement avant de répondre.
- Eh bien... fit-elle. Tu... as eu un problème pendant ta connexion au NetSlaughter.
Son sourire était celui d'un joueur de Poker qui venait de tricher.
- C'est bien vrai?
- Oui, évidemment. Au fait, signala-t-elle, ravie de changer de sujet, le docteur Casey, tu sais celui qui t'a soigné la semaine dernière, m'a dit qu'il passerait te voir, euh... bientôt.
- Ah, répondit Michaël, méfiant.
- Oui.
Le silence s'imposa.
- Je crois que je vais aller me chercher un café, annonça-t-elle. Tu en veux un?
- Non merci, dit-il, glacial.
Elle partit d'un pas discret, comme si elle voulait qu'il ne voie pas qu'elle était là. Il y avait quelque chose d'étrange dans son attitude, comme s'il fallait qu'il ne soit pas au courant d'un fait de la plus haute importance... Mais de quoi s'agissait-il? Il avait bien eu un problème avec le NetTruc! Cependant, sa femme lui cachait quelque chose, et elle voulait à tout prix éviter d'avoir à en parler.
A peine une minute plus tard, pourtant, elle revenait, tout souriante et sûre d'elle.
- Voilà le docteur Casey, dit-elle, suivie par celui-ci.
- Bonjour, monsieur Doguet, j'ai quelques questions à vous poser.
- Je vous en prie, répondit celui-ci d'un ton las. Je n'ai strictement rien d'autre à faire.
Le médecin s'assit sur la chaise précédemment occupée par Géraldine. Il se tourna vers elle.
- Madame Doguet, pourriez-vous nous laisser seuls un instant, s'il vous plaît?
Elle ne répondit rien et le regarda bêtement, comme elle le faisait si bien.
- Merci.
Elle partit de la chambre à reculons et ferma la porte le plus lentement qu'elle pût. Casey attendit toutefois que celle-ci soit complètement close, avant de prendre un regard noir.
- Que vous est-il arrivé? questionna-t-il.
- Eh bien... je ne sais pas trop, en fait.
Casey fixa la porte avec méfiance, puis éleva le ton:
- Dites moi ce que vous savez, bon sang! ordonna-t-il.
- Du calme, voyons, il n'y a rien de bien grave...
- Si, justement, interrompit Casey. S'il vous est arrivé ce que je crois qu'il vous est arrivé, alors vous êtes mal barré.
Michaël ne comprenait pas très bien ce que voulait dire le docteur, mais il devinait au visage de celui-ci que ce devait être extrêmement important.
- Vous voulez que je vous dise ce qui m'est arrivé? s'assura-t-il.
- Oui.
Michaël prît une inspiration, avant de raconter tout ce qu'il avait fait pendant sa partie de NetSlaughter, et surtout la fin, sa "mort", les décharges électriques, et la pièce blanche. Au fur et à mesure de l'histoire, les yeux du médecin devenaient de plus en plus sombres. A la fin, il leva les yeux.
- Vous êtes allergique à la connexion au réseau.
- Oui, peut-être, ça peut arriver. Et alors?
- L'allergie est purement génétique. Vous ne pouvez pas le devenir.
Michaël comprit alors où voulait en venir le docteur. Il repensa aussitôt au vieux détective avec qui il avait parlé la semaine précédente, dans sa chambre d'hôpital.
- Mais c'est impossible, tenta-t-il de se rassurer. Richard m'a dit que j'en faisais tout le temps... Vous vous trompez!
- J'ai demandé aux médecins qui vous ont soigné. Il n'y a aucun doute possible.
- Mais, on m'a dit que...
- C'est bien pour ça que je suis là.
Les deux homme se fixèrent gravement.
- Non, je...
- Si, coupa Casey d'un ton sec. Dès que vous sortez, appelez-le.
Il tendit un petit bout de papier au malade.
- Faites très attention. Tout ce que vous savez sur vous et votre entourage doit être faux.
Il se leva brutalement, et , tout tremblant des révélations qu'il venait de faire, il partit de la chambre, y laissant un inconnu, de noires pensées à l'esprit.
Sur le papier que le médecin lui avait donné, Michaël put lire le nom du détective, Henry Fing, ainsi que son adresse. Il ne le savait pas, mais ce petit message écrit à la hâte en pattes de mouche fut la dernière chose écrite par le docteur Casey.
La machine était en marche.
Au retour de Géraldine, Michaël enfouit profondément le morceau de papier au fond de la poche de sa chemise de nuit. Si tout ce qu'il osait seulement imaginer avait un semblant de vérité, il ne valait mieux pas qu'elle sache ce que Casey et lui s'étaient raconté.
Il fit semblant de paraître naturel, mais il ne pouvait la regarder en face. Ses mains tremblaient sous ses couvertures.
- Tout va bien, chéri? dit-elle calmement. Tu es tout pâle...
Il ne put s'empêcher de crier:
- Je veux sortir d'ici!
- Mais, voyons... il faut que tu te remettes, tu...
- Laisse moi tranquille! hurla-t-il. Vas ten!
Les traits de sa présumée femme durcirent.
- Dis-moi, souffla-t-elle, qu'est-ce que ce cher docteur Casey t'a dit?
Cette question le ramena à la prudence, il fallait absolument qu'il se contrôle. Il essaya de prendre un air triste.
- Eh bien... il m'a dit que mes chances de retrouver la mémoire étaient très faibles... Tu comprends mon désespoir...
Il essaya de lever les yeux vers elle, mais ne put la regarder dans les yeux.
- Je suis désolé de m'être énervé, mais...
Géraldine s'adoucit aussitôt.
- Oh oui, bien sûr... Tu veux te reposer un peu, c'est ça?
- Oui, s'il te plaît.
Elle fit un sourire compréhensif, tout en posant la main sur le bras de Michaël. Il ne put empêcher un frisson.
- Alors je te laisse tranquille.
Elle l'embrassa sur le front, avant de partir de sa démarche exquise de la petite chambre sans fenêtre.
Lorsqu'elle ferma enfin la porte, il soupira jusqu'à ce que ses mains s'arrêtent de trembler. Il ne supporterait pas une autre discussion avec sa femme. Il fallait absolument qu'il parte d'ici, sans demander son reste.
Il se leva sans problème: son allergie lui avait fait subir un choc ponctuel, dont il s'était à peu près remis. La première chose à faire était de trouver des vêtements. Si on le rencontrait dans la rue, ou sans doute même au sein de l'hôpital, se promener en chemise de nuit, il serait rapidement ramené dans sa chambre. Et il pourrait alors difficilement cacher ce qu'il savait à Géraldine. Il n'avait droit qu'à une seule chance: il fallait penser à tout.
Il fouilla de fond en comble la chambre, sans trouver un seul habit. Pas même une vieille paire de chaussette au fond d'un tiroir. L'armoire incrustée dans le mur était vide, à part quelques porte-manteaux pendant mollement sur une barre, et des couvertures poussiéreuses pliées en bas du meuble. Il n'y avait rien non plus sous le lit, ni dans les toilettes qui lui avaient été réservées.
A la fin de sa recherche, il regarda la porte, son seul moyen de sortie. Il lui faudrait trouver des vêtements ailleurs dans l'hôpital. Que pouvait-il y avoir derrière cette porte? Il s'approcha, et tendit la main vers la poignée, s'attendant à tout moment que quelqu'un de l'autre côté ne l'ouvre avant lui.
Il serra finalement la poignée froide entre ses doigts. Il n'avait fait que quelques pas, mais était déjà trempé de sueur. Il épongea son front de sa main libre, avant de commencer à tourner doucement la clenche.
Il y eut un petit clic, et il put tirer la porte vers lui. Il l'entrouvrit, et jeta un oeil à l'extérieur. Un couloir s'étendait de chaque coté. Quelques bancs s'étalaient le long du mur, sans être utilisés par quiconque. Il n'y avait personne dans le couloir, du moins dans la partie que pouvait voir Michaël. A sa gauche, un commando armé jusqu'au dents aurait pu l'attendre aux aguets, il n'en aurait rien vu. Mais il devait tenter sa chance. Il ouvrit la porte en grand, et pénétra dans le couloir.
A quelques mètres à gauche, un des bancs était occupé. Géraldine et Richard s'y entretenaient à voix basse. La sortie de Michaël n'ayant pas été des plus discrète, tout deux levèrent aussitôt la tête dans sa direction.
- Chéri! s'exclama Géraldine. Mais qu'est-ce que tu fabriques?
Richard s'était déjà levé, et s'approchait dangereusement. Ce n'était pas le moment de réfléchir. Michaël assena un coup de pied souple au ventre de l'androïde, qui s'étala au sol. A première vue, il n'avait pas été conçu pour la résistance aux coups. La tête du robot fit un bruit métallique en s'écrasant sur le carrelage. Ses jambes tentèrent de s'élever avant de retomber, inertes.
- Mon dieu! hurla Géraldine. Mais tu es fou!
Michaël espéra qu'il ne se trompait pas, lorsqu'il balança son poing dans la figure de sa femme. Il aurait du mal à se faire pardonner si la théorie de Casey se trouvait être erronée. Celle qui lui avait servi de femme s'écroula sur le banc, assommée. Il la regarda quelques secondes, pensant les lèvres pincées aux nuits pendant lesquelles ils s'étaient aimés.
Puis il reprit ses esprits. Il regarda de chaque coté du couloir, pour vérifier que personne ne l'avait vu. Tout était vide et silencieux. Il pensa tout d'abord à s'enfuir en courant, mais la vue des deux corps inertes allongés dans le couloir l'en empêcha: dès que quelqu'un passerait par là, l'alerte serait donnée. Michaël devait donc les cacher.
Espérant de tout son coeur que personne n'aurait l'idée de venir passer dans le sombre couloir pendant qu'il faisait sa besogne, il tira rapidement le corps de Richard dans sa chambre. Faire traîner sa femme sur le sol le répugnait, aussi, il la prit délicatement dans ses bras, et la posa sur le petit lit. Il jeta de nouveau un oeil dans le couloir: il n'y avait toujours personne.
Ensuite il regarda Richard. L'androïde était à peu près de la même taille et de la corpulence que lui. Il portait un costume gris parfaitement anonyme. Michaël sourit: il venait de trouver les vêtements qu'il lui fallait.
Il ferma la porte de sa chambre derrière lui en sortant, et vérifia qu'il ne restait aucune trace du combat qui s'était déroulé dans le couloir. Il n'aperçut rien. A droite, le corridor se terminait par une large fenêtre. Y voyant un espoir de fuite, il s'y dirigea d'un pas rapide, sinterdisant de courir, pour ne pas attirer l'attention. Personne n'avait encore mis le pied dans le couloir.
A travers la fenêtre, il put voir un ciel gris d'où tombait une pluie abondante. Il regarda le sol, à plusieurs mètres sous lui. Il était beaucoup trop haut pour espérer sauter. Il devait au moins se trouver au troisième étage du bâtiment. Il devait descendre et passer par la porte principale. Un ascenseur se trouvait juste à coté de lui. Il appuya sur le bouton pour l'appeler, espérant que personne ne s'y trouverait.
Cet espoir cependant ne se réalisa pas. Dès que la porte coulissante de l'ascenseur se fut ouverte, Michaël put reconnaître un des médecins qu'il avait vus à son réveil. Celui-ci écarquilla les yeux de surprise, prouvant ainsi qu'il l'avait reconnu.
- Mais... s'exclama-t-il, qu'est-ce vous fichez ici?
- Je n'ai pas le temps de vous expliquer, répliqua le fuyard, assénant un bon coup de poing au médecin.
Avant qu'il ait le temps de se ressaisir, Michaël appuya sur tous les boutons de l'ascenseur, dont la porte se referma derrière les hurlements du docteur. Pour la discrétion, c'était raté.
Michaël sengouffra alors dans la porte qui menait aux escaliers, et descendit quatre à quatre les marches. Il pouvait maintenant courir: tout était question de rapidité.
En à peine une minute, il arriva au niveau zéro, le rez-de-chaussée. Il hésita cependant avant d'ouvrir la porte. Si on le repérait là, il faudrait s'enfuir en courant, au milieu de centaine de gens. Il y en aurait bien un pour l'arrêter. Et comment pourrait-il s'échapper à pied face au bon service de sécurité de l'hôpital?
Il n'avait aucune chance. Il ne savait même pas dans quelle direction il devait aller, une fois sorti. Cette idée lui fit penser à l'adresse du détective, qu'il avait mis dans la poche du veston de Richard. Il mit la main dans sa poche, à la recherche de ce papier.
Ce qu'il y trouva lui redonna une lueur d'espoir. Il y avait des clés dans la poche. Il les sortit, tout tremblant, et remarqua ce qu'il y cherchait: la clé de contact de la voiture. La seule chose à faire était donc maintenant de retrouver cette voiture, ce qui semblait en fait assez facile, lorsqu'on connaissait la rareté des A36.
L'escalier continuait sa descente sous le rez de chaussée, sans doute vers le parking. Michaël s'y jeta.
Une dizaine de gens s'affairaient dans le parking de l'hôpital. Mais personne ne se retourna quand le fuyard entra violemment par la petite porte des escaliers. Pour ne pas attirer davantage l'attention, il préféra adopter un pas rapide, plutôt qu'une course accusatrice. Il parcourût les lieux du regard, à la recherche de la voiture de Richard.
Par chance, elle avait été garée à une dizaine de mètres seulement de l'endroit par lequel il était arrivé. Il inséra la clé dans la serrure, essayant de paraître le plus calme possible. Soudain, une voix s'éleva de la voiture: c'était celle de Richard.
- Veuillez vous identifier, ordonnait-elle.
Michaël recula d'un pas, et observa les alentours. Personne ne le regardait.
- Je suis Michaël Doguet, tenta-t-il.
Après tout, c'était bien sa voiture! Il y eut un faible bruit de serrure, et la voix annonça qu'il pouvait rentrer. Il ouvrit la portière, et s'assit dans un des sièges confortables de la A36. Il tremblait de tout ses membres.
Richard apparut sur l'écran principal du véhicule.
- Bonjour, monsieur Doguet, annonça-t-il avec un sourire.
A première vue, il n'était pas au courant du sort de son sosie androïde.
- Où désirez-vous vous rendre?
Michaël sortit en hâte le bout de papier chiffonné que lui avait donné le docteur Casey. "1024 rue du président Dervet", put-il y lire.
- Déposez-moi au cinq cent rue Dervet, annonça-t-il.
Il ne fallait prendre aucun risque. La voiture démarra doucement, et réussit à sortir de l'hôpital sans aucun problème.
Michaël était sauvé... du moins pour l'instant.
|