05/08/2001 - Vincent Lagny
Extrémistes et République - Chapitre 2 : Benjamin
- Termine ta soupe, Benjamin, ton père va rentrer du travail !
Benjamin n'aimait pas tellement les soupes avec des asperges. Il les préférait avec des poireaux ou des tomates. Il regardait sa mére s'affairer à la cuisine. C'était presque tous les soirs la même chose, maintenant. Son père rentrait tard du travail et sa mére préparait le repas.
Il voyait son père au matin, parce que, en général, quand son père rentrait, il était au lit.
Avant, son père était là tous les soirs, mais maintenant il devait finir de travailler encore plus tard qu'avant. Sa mére était belle et trés gentille. Elle s'occupait toujours beaucoup de lui, et il n'aimait pas quand elle faisait les yeux-là. Elle était énervée, mais c'était surtout la peur qu'il ressentait. Benjamin ne savait pas pourquoi elle était inquiéte. Il se dépêcha de finir sa soupe.
- J'ai fini !, s'écria-t-il avec un grand sourire.
Sa mére lui prit l'assiette.
- C'est bien, Benjamin. Allez, hop ! Va te laver les dents et cours au lit.
Benjamin descendit de la chaise et se dirigea vers la petite salle de bains. Il prit la brosse à dents, appliqua le dentifrice et commença à frotter ses dents énergiquement. Il aimait bien quand çà faisait de la mousse. Même en se mettant sur la pointe des pieds, il voyait à peine sa tête dans le miroir, mais s'il se décalait un peu sur la droite, il arrivait à voir sa mére dans la cuisine. Elle préparait la table pour deux. Benjamin était excité ce soir. C'était peut-être parce que sa mére s'agitait dans tous les sens qu'il était ainsi. Il n'arriverait pas à dormir. C'était sûr. Il attrapa le verre et le remplit d'eau. Il se rinça la bouche en faisant des gargouillements. Il recracha et s'essuya. Il éteignit la lumiére de la salle de bains, sortit et annonça fiérement à sa mére :
- Mission accomplie !
Elle lui sourit et s'approcha de lui en lui donnant une petite tape au cul :
- Allez, au lit, soldat !
Il courra dans sa chambre, sa mére l'aida à se déshabiller. Elle le mit au lit et le borda.
- Bonne nuit, petit démon !
Il lui sembla que sa mére parlait drôle, comme si elle avait une grosse boule dans la gorge.
- Bonne nuit, maman. Fais de beaux rêves.
Sa mére se retourna et sortit de la chambre en fermant la porte. Benjamin n'arrivait pas à trouver le sommeil. Quand c'était comme çà, il imaginait qu'il était pilote de chasse et qu'il traversait le ciel à toute vitesse. Il appela son coéquipier à la radio "Leader à Alpha 2, nous allons passer par les gorges du démon, serrez sur mon aile droite." Il venait à peine de pulvériser le mur du son lorsqu'il entendit son père rentrer. Ce dernier enleva son manteau qu'il accrocha dans le couloir, à sa place habituelle, entre les fleurs du bouquet de mariage que maman tenait à ce que l'on fasse toujours attention, et le vieux parapluie avec une tête de canard dont plus personne ne se servait. Il entendit son père enlever ses chaussures, se diriger vers la cuisine :
- Bonsoir Suzie, comment va ?
Son père avait une voix fatiguée. çà arrivait parfois lorsqu'il rentrait tard.
- Bonsoir Frank, alors comment çà s'est passé ?
Benjamin entendit son père pousser un gros soupir.
- Mal, trés mal. Le petit dort ?
- Oui, oui, que s'est il passé ?
- Ils ont tué Remy.
Benjamin entendit sa mére se mettre à pleurer. Puis, il n'entendit plus parler, et déjà son équipier l'appela à la radio : "Alpha 2 à Leader ... Alpha 2 à Leader".
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