05/08/2001 - Vincent Lagny
Extrémistes et République - Chapitre 1 : Camille
Confortablement adossée sur la chaise de son bureau, Camille révisait ses leçons et dévorait son tout nouveau livre d'histoire que ses parents lui avaient acheté pour la rentrée des classes.
Dehors, il faisait encore assez beau et elle avait ouvert la fenêtre de sa chambre située au deuxiéme étage d'un petit immeuble du seiziéme arrondissement parisien. Elle avait entamé le chapitre sur Versailles lorsqu'un envol de pigeons, depuis le petit jardinet situé en contre bas de l'immeuble, la fit sursauter.
C'était tous les jours pareil lorsque la sécurité passait dans sa rue. Le bruit de la marche bottée des hommes effrayait les pigeons. Ils auraient dû s'y habituer depuis le temps, se disait-elle, mais non, ces fichus oiseaux s'envolaient à chaque passage des hommes de la sécurité en faisant claquer leurs ailes et en roucoulant sans cesse. C'était fatiguant à la fin. C'est vrai qu'ils n'avaient pas l'air trés agréables avec leurs tenues d'un noir d'encre. Mais c'était surtout les visages qui effrayaient Camille. Les "crânes rasés" comme on les appelait dans la cour de récré n'avaient pas la réputation d'être des tendres. Mais cela, Camille l'avait seulement entendu dire, elle n'avait jamais vu ces hommes faire quoi que ce soit de mal. Ils étaient toujours corrects, et lorsqu'elle les rencontrait parfois dans la rue, elle leur souriait. Bien sûr, ils ne lui retournaient pas son sourire, mais Camille comprenait qu'ils n'avaient pas le temps de sourire à tout le monde. Et puis, leur présence rassurait Camille. Avec eux, rien ne pouvait arriver. D'ailleurs, il n'arrivait jamais rien dans le quartier où habitait Camille. Et c'était trés bien ainsi. Camille observa les oiseaux effectuer un cercle dans le ciel et revenir dans le petit jardinet aussitôt les "crânes rasés" partis. Ils étaient rigolos ces oiseaux. Mais Camille se surprit à rêvasser. Elle se remit à la lecture. Décidément, ces rois de France étaient tous bizarres. Il y en avait des costumés avec des frisettes et des fourrures, et les derniers avaient des lunettes ou des chapeaux. Et ils avaient tous le même nom, Louis I, Louis II, François 1er.
Il y en avait quelques-uns qui avaient des noms un peu différents. Mais c'était les plus vieux, ceux avec des chapeaux ou des lunettes. Le plus drôle c'était celui avec un prénom de fille : Valery Giscard d'Estaing. Camille avait une copine qui s'appelait comme çà, mais çà ne s'écrivait pas de la même façon. Celui de la photo d'à côté était drôle aussi avec son chapeau : François Mitterand. Pourquoi n'avait-il pas prit un numéro comme les anciens François ? Normalement çà aurait dû être François III. Peut-être que les derniers rois de France voulait donner une autre image d'eux-mêmes. Celui d'à côté avait des grosses lunettes. çà faisait rire Camille, les grosses lunettes. Un roi avec des lunettes c'est rigolo. Mais lui son nom, il était normal, Jacques Chirac qu'il s'appelait. Bof, pas trés original. Celui qu'elle préférait, c'était pas un roi, c'était un empereur comme celui qui vivait à Paris aujourd'hui. Il s'appelait Napoléon. Il y en avait un plein Chapitre dans son livre. C'est vrai qu'il était beau. Et il avait une grande armée. Camille regardait les cartes géographiques. A l'époque, la France était un petit pays, et Napoléon Bonaparte avait fait la guerre avec les autres pays et il avait tout gagné. Mais on lui avait tout reprit. Camille ne comprenait pas trop comment cela avait pu arriver, parce que aprés, la France, elle était redevenue toute petite. Même que plus tard, c'est les allemands qui avaient prit la France. Elle n'avait pas eu besoin de son livre d'histoire pour le savoir, vu qu'on en parlait souvent à la télévision, il y avait plein de films là dessus. Et puis aprés, c'est Jean-Marie qui était bien. Bon lui, c'était pas un roi, mais il avait réussit à reprendre plein de pays, et même plus que Napoléon. Et puis, comme disait le livre, les rois, c'étaient tous des voleurs qui affamaient le peuple, alors que Jean-Marie, c'était un empereur. C'est pour çà que les gens en ont eu marre des rois. Ils ont fait la bastille et aprés ils ont recommencés avec des autres rois. Mais c'était plus tard et ces rois là, ils avaient des chapeaux. Mais Camille ne comprenait pas tout à l'histoire de France. Elle se demandait comment les gens avaient pu être aussi bête pour toujours rester avec des rois qui ne leur donnaient pas à manger. C'est vrai, il en venait toujours des nouveaux.
Comme celui avec les grosses lunettes, c'était certainement le fils de celui avec le chapeau, François III. Et bien, pourquoi les gens, ils laissaient les fils des méchants rois faire le même que le père. C'était trop injuste pour tout le monde. Enfin, maintenant, ce n'était plus pareil. Camille ne savait pas vraiment pourquoi, mais en tout cas elle avait à manger, et dans son quartier c'était toujours calme. Enfin, dans son quartier c'est sûr, mais Camille n'était jamais sortie de son quartier, parce que sa maman ne voulait pas. C'est dangereux, il paraît. Les grands ont toujours peur de tout. Un jours où l'autre il faudrait qu'elle aille voir des autres rues avec Benjamin. Benjamin, c'est un garçon de sa classe. Il la fait toujours rire, et en plus il est beau avec ses yeux marrons et ses cheveux noirs comme la nuit. C'est sûr que si elle lui demandait d'aller se promener avec elle, Benjamin accepterait.
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